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Restructurations et Responsabilité Sociale en Europe

ASSOCIATIONS DE SALARIES

CONFRONTES AUX RESTRUCTURATIONS

une innovation sociale majeure ?

Enquête coordonnée par C.E. TRIOMPHE et A. PACCOU

Université Européenne du Travail

Avec la participation de

Association des licenciés BALLY

Association des Victimes de la Fusion – A-ViF

Association du Comité de Soutien SELNOR – ACSS

Comité de sauvegarde Félix POTIN – DISPAR

Fonds Social des préretraités de la société OTIS

Ipéciens et Compagnie

Les Dauphins

Les Mains Bleues

Personne sur le carreau

Rapport préliminaire

Première approche de ces initiatives en France

 – décembre 2002 –


Introduction

Rappel du contexte : La Responsabilité Sociale des Entreprises constitue l’un des thèmes centraux du Développement Durable auquel la Commission Européenne leur demande de contribuer ; pour ces  entreprises, les Restructurations sont certainement l’un des sujets les plus sensibles qu’il leur soit donné de traiter, aussi pures soient les intentions qu’elles proclament, ou aussi fermes les engagements qu’elles souscrivent. Il est vrai qu’il se trouve peu de matière qui touche l’Homme aussi profondément. Ceux qui sont passés par là le savent bien, même quand ils s’en sont vite sortis, ce qui n’est malheureusement pas le cas de tous, beaucoup s’en faut. Les difficultés auxquelles les (ex-)salariés concernés sont confrontés apparaissent avant même la rupture avec l’entreprise, pour se prolonger souvent au delà de tout dispositif de suivi légal ou conventionnel, et se soldent, plus souvent qu’on ne le croit, par des distensions familiales, des problèmes de santé, une dépression, voire même un suicide. On a du mal à accepter l’idée qu’il n’y a rien à faire ; de fait certains, à la mesure de leurs moyens, tentent de faire quelque chose ; c’est ce que l’UET a découvert au début de l’année 2002.

Rôle de l’UET

Idée de départ – La rencontre inopinée de l’UET avec l’association « Les Dauphins » suscite son intérêt1 pour la démarche engagée par des salariés de Siemens confrontés à leur nième restructuration – Créer une association permet à ces salariés de se prendre en charge collectivement pour faire face à leurs difficultés – une formule méconnue qui cadre bien avec la notion de Responsabilité Sociale, qui, en l’occurrence, n’est pas exercée par les entreprises, mais par les (ex-)salariés eux-mêmes ; étant convaincue être ici en présence d’une pratique hors du commun, l’UET entend bien faire connaître et promouvoir cette innovation, et confie à l’un de ses chargés de mission la réalisation d’une étude sur ce thème.

(1)   Claude Emmanuel TRIOMPHE, le 08 février 2002 à Plaisir, lors de l’Assemblée Générale de l’Association “ Les Dauphins ”.

Méthodologie

Etat des lieux – Une seconde association, « A-ViF », créée par des ex-salariés d’UAP, est identifiée. Dès lors, il s’agit de recenser par tous les moyens les autres associations créées par des (ex-)salariés confrontés aux restructurations. Le JO des Associations permet d’identifier une centaine d’associations de salariés ; les « génériques », qui aident les personnes sans notion d’entité d’origine (entreprise), ne font pas partie du champ d’étude originel.

Prise de contact – L’adresse du siège social figurant dans l’extrait de la déclaration permet d’envoyer un courrier invitant les responsables des associations à se manifester auprès du chargé de mission de l’UET.

Questionnaire – Il est proposé aux associations qui prennent contact avec l’UET de répondre à une série de questions permettant de mieux connaître leur organisation, ses motivations et activités.

Interview – Pour permettre d’approfondir certains aspects jugés intéressants, un entretien téléphonique, ou, si possible, une rencontre, fait normalement suite au dépouillement du questionnaire.

Rapport préliminaire – Après analyse des réponses au questionnaire et des interviews, un rapport synthétique est établi, accompagné en annexe d’une fiche signalétique des associations participantes ; cette analyse permet, notamment, d’établir une typologie des associations, dans toute la mesure du possible.

Exploitation des résultats – Cette phase d’étude préliminaire doit permettre d’évaluer l’opportunité, pour l’UET, de la prolonger selon les axes de développement qu’il est possible de valider ; sont notamment envisagés : une rencontre où seront invités des représentants des associations participantes pour exposer le rapport, en débattre, et discuter des futurs développements envisageables, la mise en place d’une structure permanente de liaison/coordination des associations de ce type, la mise en place d’ateliers où pourront être abordés des sujets intéressant ce type d’associations, avec pour vocation l’enrichissement des connaissances disponibles et le renforcement du réseau des associations.

Données statistiques

[Ce point est développé en annexe]

Typologie des associations

Avertissement – Compte tenu du nombre relativement faible d’associations avec lesquelles il a été possible d’établir un contact, il n’y a pas deux associations présentant les mêmes caractéristiques2 ; tout au plus peut-on prétendre identifier une ou plusieurs dominantes en fonction de leurs préoccupations majeures et de la manière dont elles entendent y répondre.

Caractéristiques dominantes – Définitions

v       Type « cellule de reclassement » : participation active à la formation et au reclassement des personnes

v       Type « contrôleur » : suivi application Plan Social et/ou autre(s) accord(s), suivi ayant-droits

v       Type « convivial » : à intervalles variables, repas, rencontres festives ou activités orientées loisirs

v       Type « entrepreneur » : proposition de prestations basées sur le savoir-faire des personnes

v       Type « gestionnaire de fonds » : préretraites, aide sociale, la formation ou création d’entreprise

v       Type « informatif » : renseignements auprès des organismes, échange de « tuyaux », CV, effet réseau

v       Type « réindustrialisation » : favoriser l’implantation de nouvelles activités ou entreprises

v       Type « revendicatif » : recours (juridique …) en réparation de préjudices subis par les personnes

v       Type « soutien actif » : aide sociale, morale, matérielle, pécuniaire, … aux personnes en difficulté

Caractéristiques les mieux partagées – Réagir ensemble et tout mettre en œuvre pour lutter contre l’adversité et arriver s’en sortir tous. Le besoin de s’informer (démarches administratives, conseils de tous ordres, appuis possibles, particulièrement lorsque les autres structures, dédiées principalement au reclassement, ont disparu), le besoin de se retrouver (rencontres conviviales, nouvelles des « collègues », rompre l’isolement, se soutenir moralement et psychologiquement, un îlot de compréhension, un réseau pour s’échanger des « tuyaux »), la défense des droits individuels et collectifs par l’exercice de la solidarité (entraide, une coordination et des moyens pour agir plus efficacement, un nom pour se faire mieux entendre des autorités politiques, administratives et judiciaires, des organismes, des médias, de l’opinion publique)

Spécificités et originalités – Découlant souvent du contexte historique et social, celles-ci sont essentielles et intrinsèquement liées à la « personnalité » de l’association ; c’est ce qui la distingue et contribue à renforcer le sentiment d’appartenance de ses membres ; l’échantillonnage limité aux neuf associations participant à cette première phase d’étude ne permet pas de rendre compte de la diversité qu’elles présentent dans la réalité. Citons : la constitution d’une troupe théâtrale Les Mains Bleues, qui retrace ce qu’ont vécu les salariés de Levi’s, la lutte contre le harcèlement moral et la fraude au plan social menée par A-ViF, le combat pour le reclassement jusqu’au-boutiste de Personne sur le carreau, la mobilisation constante du réseau d’anciens et de reclassés des Dauphins pour soutenir leurs ex-collègues demandeurs d’emploi, l’esprit d’entreprise de Ipéci et compagnie, l’endurance et  la persévérance du Comité de sauvegarde Félix Potin-Dispar engagé dans une procédure depuis 7 ans, la vigilance du Fonds social des pré-retraités de la société Otis embarqués jusqu’en 2009, la lutte pour le maintien de l’activité sur le site de l’Association du Comité de Soutien Selnor, et la démarche de concertation exemplaire de l’Association des licenciés Bally..

Pourquoi une association ?

Parce que, parler, agir, ester au nom de tous, nécessite une structure, l’association loi 1901 en étant la forme la plus neutre (celle susceptible de rassembler le plus grand nombre), et relativement aisée à mettre en place ; de plus, elle est très souple vis à vis d’un objet de départ extrêmement variable, qui peut même évoluer en tant que de besoin. Cependant, même si elle apparaît comme la plus commode et la plus répandue, l’association n’est pas exclusive d’autres formules telles qu’une section syndicale dédiée (comme chez les Mossley). Ne conviendrait-il pas d’englober dans notre champ de recherche-action tout type de collectif constitué par les populations visées ?

Qui en sont les responsables ?

Ce sont généralement des personnes qui ont, antérieurement dans le cadre de l’entreprise, exercé des responsabilités de représentation du personnel, quand bien même aucune structure n’y aurait été établie. Ces responsables sont dynamiques, ouverts, convaincus qu’on s’en sort toujours mieux groupés que dispersés, porteurs de « valeurs » ; quelles que soient leurs appartenances politiques, syndicales, philosophiques, ils cherchent avant tout à rassembler et maintenir en relation le plus grand nombre de personnes. Etant parmi les plus actifs dans l’association, ils se retrouvent souvent à la gérer parallèlement à une nouvelle activité professionnelle ou d’autres engagements prenants – paradoxalement, pour beaucoup d’adhérents, être libre d’engagements ne rend pas forcément plus actif ou présent dans l’association, d’où un problème de relève. Est‑il possible de (re-)mobiliser la « majorité passive », de la motiver au point de susciter des « vocations » ?

Avec qui sont-elles en relation, et pour quoi faire ?

D’abord avec les pouvoirs publics, politiques, collectivités territoriales pour obtenir une aide, un soutien, la reconnaissance de leur juste cause, et, pour appuyer cette sollicitation, l’opinion publique au travers des médias, et, dans une moindre mesure, avec les syndicats, le Comité d’Entreprise lorsqu’il existe encore. C’est surtout dans les premiers temps que cette quête se fait insistante, jusqu’à ce que , très souvent, les ex-salariés aient constaté l’échec de leurs tentatives, mais il existe fort heureusement quelques exceptions. La concertation avec d’autres « parties prenantes » aboutit parfois à des productions intéressantes ; force est de constater que des résultats très substantiels sont obtenus par voie judiciaire, cependant il faut souvent s’armer de patience, vu la durée des procédures qui atteint parfois 7 ans sinon plus. A quels facteurs le succès ou échec de ces démarches est-il lié ? Certaines se rapprochent d’autres associations, généralement de types différents, pour étendre leur réseau relationnel (amicale d’anciens), obtenir une aide dans un domaine particulier (animation, reclassement, action sociale ou psychologique). D’autres ont ouvert leurs rangs aux prestataires confrontés au même problème. Faute de moyens, certaines compétences leur sont difficilement accessibles (experts, formateurs, avocats, site Internet …) ; la mutualisation de moyens constituerait-elle une réponse pertinente ?

Principales activités, actions entreprises et résultats obtenus. Le cas échéant, méthodes d’évaluation de ces résultats

Activités, actions, résultats – Leurs activités sont, naturellement, en rapport avec leurs caractéristiques dominantes : défense des droits (médiatisation, conseils juridiques, actions en justice), animation d’échanges sur fond d’entraide et de solidarité (rencontres conviviales régulières), actions de reclassement (structures dédiées, site Internet, réseau relationnel, démarches auprès des entreprises, des administrations, des pouvoirs publics, re-mobilisation, formation, assistance à la création d’entreprise, articles de presse, et même forum de l’emploi), soutien moral, psychologique, aide matérielle ou financière, retour de l’activité économique locale, … devoir de mémoire (histoire de l’entreprise, techniques et savoir-faire de l’équipe, du métier, leur expérience face aux difficultés). Essentiellement portées par des bénévoles, toutes ces activités relèvent sans nul doute d’une responsabilité sociale exercée, bien au delà des obligations légales et conventionnelles, par les (ex-) salariés eux-mêmes. Est-il, pour autant, possible de favoriser par un quelconque dispositif – nécessairement non contraignant – l’émergence de telles initiatives ?

Méthodes d’évaluation – Les associations ne font pas mention explicite de méthodes d’évaluation ; elles fournissent cependant, des données tangibles à cet égard : nombre de salariés concernés, d’adhérents, de reclassements, de personnes en difficulté, de personnes qui ne donnent plus signe de vie ; toutefois, s’agissant de contextes éminemment différents, on se gardera bien d’établir des comparaisons stériles ; il est tout aussi hasardeux d’essayer d’imaginer ce qui se serait produit si l’association n’avait jamais existé. Quels bénéfices les associations peuvent-elles retirer de la mise en place de critères et outils d’évaluation ? Quels pourraient être ces critères et outils ?

Structure associative – Le regroupement en association est très certainement bénéfique aux (ex-)salariés confrontés aux restructurations, et, l’instauration de conditions favorables à son éclosion l’est également ; pour autant, la structure, si utile soit-elle, est peu de chose sans les hommes qui l’animent. Pourquoi cette précieuse formule est-elle, toutes proportions gardées, si peu répandue ? Il faut vraiment se demander : Si c’est l’idée qui fait défaut ? Ou le contexte qui ne s’y prête pas ? A moins que, tout simplement, il ne se trouve personne pour en prendre l’initiative ? Pourquoi ne pas se rapprocher de populations menacées – il n’en manque pas en ce moment – pour tenter de répondre à cette interrogation ?

Quelles attentes de la part de l’UET ?

Lorsque ceux de l’UET et ceux des Dauphins qui ont constitué un Groupe de travail dédié, se sont engagés dans cette mission, personne n’avait une quelconque notion de l’ampleur du « phénomène », de la manière dont on parviendrait à les découvrir, à établir le contact, et comment elles répondraient aux sollicitations de l’UET.. Si elles l’ont fait, ce n’était pas seulement pour la beauté de ses idéaux, mais bien parce qu’elles ont pensé que ceci servirait leur cause, ou celles des autres associations de même type.

Bien que, comme le relatent leurs monographies, beaucoup d’entre elles aient été « vaccinées » par la fréquentation suffisante de milieux auxquels elles seraient tentées en première instance de nous assimiler, ces associations nourrissent à bon escient l’espoir de voir l’Université Européenne du Travail tenir ses promesses.

Quelles sont les promesses de l’UET ? Il y a d’abord celles inscrites dans le courrier qui leur a été adressé : « Si vous … acceptez, c’est bien volontiers que vous serez au titre de votre association, invité à discuter les résultats de cette étude. » ; d’où la question qui suit : Quels résultats peut-on attendre d’une telle étude ? La question aurait pu provoquer quelque embarras, n’eussent été les suggestions exprimées aux Dauphins : une pratique innovante que l’UET va essayer de populariser en Europe, de valoriser ; la mobilisation du réseau de l’UET où, en cas de besoin d’appui, quelle qu’en soit la nature, beaucoup trouveront tout à fait utile et intéressant d’apporter leur aide ; une coopération de l’UET pour aider concrètement de futurs projets tels que : rencontres entre associations du même type, mise en place d’un mécanisme d’échanges, une fédération …

De fait, les associations ont été informées, exclusivement en tant qu’hypothèses de travail, des axes de développement mentionnés ci-après, dont il convient, certainement, de discuter le bien fondé en fonction des priorités et moyens que, aussi bien les associations participantes que l’UET, entendent privilégier et mobiliser.

Axes de développement proposés au delà du présent rapport préliminaire

Rencontre des associations participantes – Présentation du rapport préliminaire et mise en discussion ; Intervention d’experts et échanges de vues et d’idées sur des thèmes intéressant les associations et l’UET.

Rédaction et publication du rapport –  Intégration des remarques et suggestions formulées lors de la rencontre ; présentation à un panel de journalistes sélectionnés, pour promouvoir ce type de formule auprès des salariés.

Comité de coordination – Examiner : la mise en place d’une structure de liaison entre les associations pour échanger les informations utiles à leurs membres et à l’UET, et promouvoir la formule ; la mise en place d’un site Internet dédié.

Ateliers permanents – Examiner, avec le concours des associations locales, l’instauration de rencontres régulières du type exposé-débat permettant d’approfondir des sujets intéressant les associations participantes et l’UET.

Concours des instances européennes – Selon les résultats d’une sollicitation des réseaux européens de l’UET, pour savoir si des démarches similaires de salariés confrontés aux restructurations existent dans d’autres pays d’Europe, présentation aux instances européennes du rapport préliminaire intégrant les remarques formulées lors de la rencontre avec les représentants des associations participantes, et proposition des axes de développement envisagés, en vue d’obtenir le soutien de ces instances européennes en faveur de la poursuite de nos activités dans ce domaine.


Données statistiques et qualitatives sur les Associations

Données statistiques – Population visée – Echantillon – Tableaux

v      Critères de sélection des associations sollicitées

v      Commentaires sur les réponses obtenues

v      Données fournies par les déclarations des Associations au Journal Officiel

v      Evolution de leur nombre depuis 1993

v      Répartition géographique selon les 22 régions de France

v      Evolution de leur nombre selon localisation régionale

v      Notoriété des entreprises dont sont issus les salariés qui ont créé ces associations

v      Motivations mentionnées lors de leur création

Fiches signalétiques des associations participantes

v      Association des licenciés BALLY

v      Association des Victimes de la Fusion (A-ViF)

v      Association du Comité de Soutien SELNOR (ACSS)

v      Comité de sauvegarde Félix POTIN – DISPAR

v      Fonds Social des préretraités de la société OTIS

v      Ipéciens et compagnie

v      Les Dauphins

v      Les Mains Bleues

v      Personne sur le carreau

Critères de sélection des associations sollicitées

La présente étude sur les « associations de salariés confrontés aux restructurations » s’inscrit dans les travaux que l’UET a développés autour des notions de « Responsabilité Sociale d’Entreprise » et de « Qualité de l’Emploi ». Plusieurs de ses projets visent à rechercher et analyser les initiatives et innovations capables d’améliorer les pratiques sociales en Europe. Dans le contexte très difficile de restructurations et plans sociaux, certaines initiatives des salariés et/ou ex-salariés, qui se sont regroupés pour y faire face, méritent que l’on s’y attarde pour voir s’il ne s’agirait pas, en l’espèce, d’un cas remarquable d’exercice de la Responsabilité Sociale par les salariés eux-mêmes, nonobstant les efforts accomplis à cet égard par les autres « parties prenantes ».

Parmi les collectifs susceptibles de regrouper ces populations, l’UET a choisi, assez arbitrairement1, de s’intéresser aux associations loi 1901, probablement en partie à cause de son caractère un peu formel qui permet d’en identifier le nom et l’objet, et, dans certaines limites, les coordonnées, les contours et les responsables. Parmi celles-ci, il a également choisi de ne retenir que celles regroupant des populations isues d’une entreprise ou d’un groupe d’entreprises donné. On a ainsi exclu nombre d’organismes œuvrant dans ce domaine, tout autant dignes d’intérêt, cette sélection ne constituant en rien un jugement de valeur.

Une recherche sur le site Internet du Journal Officiel des associations a permis d’établir une liste d’environ 80 associations de ce type, créées entre le 24/03/1993 et début 2002 (les références créées auparavant ne sont pas disponibles en ligne). Un courrier leur a été envoyé à l’adresse déclarée en tant que siège social. Vingt sont revenus avec la mention « NPAI », sans être parvenus à leur destinataire. Une soixantaine d’associations du type recherché ont donc été informées de l’étude entreprise par l’UET.

(1)   Il existe cependant d’autres formules de collectifs, telle que la section syndicale dédiée (comme chez les Mossley), et on peut se demander s’il ne faudrait pas d’englober dans le champ de recherche-action tout type de collectif constitué par les populations visées.

Commentaires sur les réponses obtenues

Suite à ce premier courrier, onze associations se sont mises en relation avec l’UET, et des contacts sont en cours avec sept autres dont nous avons les coordonnées fiables d’au moins un correspondant. Une correspondance a été établie par les divers moyens disponibles, avec ces onze associations qui ont toutes reçu le questionnaire destiné à faire plus ample connaissance, ainsi que la plaquette de présentation de l’UET. Suite à cela, en définitive, neuf questionnaires ont été retournés par les associations citées dans le présent Rapport préliminaire ; il n’est pas exclu que les autres contacts en cours aboutissent dans les prochaines semaines, en vertu de quoi il serait possible d’apporter un complément substantiel au panel des associations présentées, qui, bien que très riche, apparaît encore fort peu représentatif, tant est grande la diversité résultant de la combinaison des situations et des comportements dans des contextes polymorphes en pleine évolution.

9 Associations = 9 fiches signalétiques

Type(s) : Cellule de reclassement – Soutien actif                                                                                Président

ASSOCIATION DES LICENCIES BALLY                                                                   Robert CABANNE

Déclaration au Journal Officiel

Déclaration à la préfecture de l’Allier. ASSOCIATION DES LICENCIES BALLY. Objet : aider les personnes licencié(e)s des établissements Bally en 1991, 1997 et 1998, dans leurs démarches administratives, dans la recherche de leur équilibre psychologique à la suite de leur licenciement ; les aider dans leur recherche d’emploi en collaboration avec les organismes administratifs comme l’A.N.P.E., les Assedic, l’U.T.R., la cellule de reclassement, la caisse d’allocations familiales, la sécurité sociale, ainsi qu’avec toutes les personnalités élues en place, et d’autres associations, syndicats, etc., désirant nous aider à résoudre les problèmes personnels ou collectifs, rencontrés par nos adhérents ; l’intervention associative interviendra, après que l’adhérent sera intervenu lui-même pour régler ses propres problèmes, seule cette condition pourra être retenue ; notre association aura également un but dit revendicatif compte tenu que tous les adhérents devront avoir tous retrouvé une situation et un emploi de façon qu’ils retrouvent leur autonomie. Siège social : 3, rue Neuve, 03230 Lusigny. Date de la déclaration : 12 octobre 1998.

Contexte social et historique

En mai 1998, suite à la délocalisation de la fabrication vers l’Inde, fermeture des usines BALLY de Chambéry, Saint Pourçain sur Sioule, Villeurbanne et Moulins, puis celle des quelque 1.200 magasins ; pour des raisons politico-administratives, s’agissant d’un groupe suisse, les médias en ont peu fait écho. En 1970, les effectifs s’élevaient à environ 500 personnes, 300 en 1991 ; en 1998, les 197 salariés restants sont licenciés dans une région industriellement sinistrée (Moulins) où les grandes entreprises ont fermé leurs sites l’une après l’autre.

Domaine d’activité : Fabrication de chaussures de luxe.

Lors des événements, les IRP comprenaient un Comité d’Entreprise et quatre syndicats représentatifs ; Monsieur Robert CABANNE qui, en sa qualité de militant syndical, avait subi de nombreuses pressions (harcèlement, quatre tentatives de licenciement abusif, …) provoque la création d’une association pour se démarquer des contraintes et de l’image attachées aux syndicats et réunir un maximum de gens aux tendances syndicales et politiques très diversifiées ; de fait, sur 196 salariés, 191 y adhèrent. Après avoir entrepris toutes les démarches possibles et imaginables auprès de tout ce que la région compte de notables, d’organismes et responsables officiels, sans qu’il en découle rien de concret, les personnes, complètement désappointées quittent une à une l’association qui en est réduite à son Président depuis mars 1999 ; celui-ci accepte néanmoins de participer à la présente étude pour le cas où cette expérience pourrait être utile à d’autres …

Les salariés étaient pour la plupart non mobiles et relativement âgés (de 15 à 40 ans d’ancienneté), ne connaissant que ce métier dans un secteur en pleine récession. Les plus âgés ont “ bénéficié de l’ACA ; les femmes, qui n’ont souvent pas le permis, ont retrouvé à s’employer comme femmes de ménage ou dans la garde d’enfants ; pour les autres c’est plus difficile : une création d’entreprise, quelques uns dans la manutention, l’un, grâce à ses relations, a décroché un CDI. La cellule de reclassement n’a reclassé personne ; aucune des formations dispensées par l’ANPE n’a débouché sur un emploi ; l’association, quant à elle, a reclassé trois personnes. Quelqu’un n’a pas supporté le chômage et a mis fin à ses jours.

Motivations et objectifs

Face à la situation de toutes ces personnes projetées dans le chômage et complètement désemparées par leur licenciement, celui qui va devenir président de l'association forme un bureau avec quelques volontaires pour rechercher des appuis tous azimuts afin de retrouver des emplois, tout en se soutenant mutuellement grâce à l'aide, l'entraide et l'amitié. Reclassement, formation, recherche personnalisée, prise en charge des frais en fonction de l'éloignement et de la situation familiale, sont les principales préoccupations de l'association.

Bilan et perspectives

L'association a surtout veillé à l'écoute des personnes, leurs besoins propres, leurs soucis quotidiens, les démarches à accomplir. Mettre en lumière leurs capacités et leurs aspirations (projet professionnel), leurs besoins d'adaptation (connaissances à acquérir, facultés à développer), et les aider à adopter une vision réaliste ... De nombreuses démarches auprès d'élus, responsables, institutions, de tous domaines et de toutes tendances confondues, qu'ils sont même parvenus à rassembler autour d'une même table1, se sont révélées vaines : il ne s’agissait que d'écoutes attentives suivies de paroles creuses, de promesses sans lendemain et de conseils dilatoires. Le sentiment d'abandon, d'hypocrisie et de dévalorisation qui en est résulté a abouti à une démotivation totale de l'ensemble des membres qui ont quitté l'association et se sont repliés sur eux-mêmes, révoltés ou plus souvent désespérés ("un fiasco").

A l'actif de l'association : trois personnes reclassées, alors que la cellule de reclassement n'est arrivée à rien ; l'amitié qui perdure au delà de la dispersion de l'association, la prise de conscience des salariés licenciés qui ont compris qu'ensemble ils étaient, malgré tout, plus forts pour faire face ... même s'ils ont renoncé à se battre comme ils l'auraient pu. Tout ce qui était possible a été tenté, l'échec revient aux détenteurs du pouvoir qui n'ont pas pu, ou pas voulu, intervenir (pour quelles raisons ?).

(1) Leur fierté : avoir réussi à réunir dans la Salle du "Colisée" tous les élus de tous les partis, le président du Conseil Général et son adjoint, les maires de Moulins et toutes les communes environnantes, les directeurs de l'ANPE, des ASSEDIC, de la CRAM, de la CAF, les représentants des organisations syndicales, en présence des 196 salariés licenciés.


Type(s) : Cellule de reclassement – Soutien actif                                                                                Président

ASSOCIATION DES LICENCIES BALLY                                                                   Robert CABANNE

Contexte relationnel

Avec les pouvoirs publics et les collectivités territoriales, des rapports emprunts de courtoisie, d'hypocrisie, de mauvaise volonté ou d'incapacité (la lutte contre le chômage était-elle pour eux une priorité ?). Aucun succès auprès des amicales des retraités, ou de la population : compassion et impuissance. Aucun impact au travers des Institutions Représentatives du Personnel. Pas de convergence possible avec une association de chômeurs CGT (positionnement trop différent). Très bons rapports avec "La Montagne" (presse locale) qui les ont soutenus dans leur démarche (articles, recherche d'emplois, ...).

Besoins et projets

Après l'éclatement de l'association en mars 1999, il subsiste un président déterminé à continuer à agir et à faire savoir ce qui s'est passé, ce qui en a résulté : une situation qu'il continue à ne pas accepter. C'est ainsi qu'il a "bondi" sur l'occasion de participer avec une franchise teintée de modestie à la présente étude (le premier à y répondre). Il projette d'écrire une biographie sur sa vie de syndicaliste chez BALLY, qui ne lui a pas valu que des amis ...


Type(s) :  Revendicatif – Informatif                                                                     Président / Secrétaire Général

ASSOCIATION DES VICTIMES DE LA FUSION (AVIF)           Christian BERTOT / Philippe MARTINEZ

Déclaration au Journal Officiel

Déclaration à la préfecture de l’Yonne. ASSOCIATION DES VICTIMES DE LA FUSION (AVIF). Objet : fédérer les salariés d’Axa relevant de la convention collective de travail des producteurs salariés de base, des échelons intermédiaires et des inspecteurs des services extérieurs de production des sociétés d’assurances se considérant victimes de la fusion Axa-U.A.P. ayant engagé une procédure prud’homale à l’encontre d’Axa, ou bien ayant démissionné ou ayant été licenciés sans pour cela engager de procédure prud’homale à l’encontre d’Axa ; informer ces salariés et leurs familles ; alerter l’opinion publique ; défendre ces salariés contre toute exécution de mauvaise foi du contrat de travail, ainsi que contre toute atteinte à la dignité des personnes ou aux droits et libertés fondamentaux, discrimination, harcèlement de toute nature, dégradation des conditions de travail, sanction ou licenciement arbitraire, atteinte à la personne ou à ses droits légitimes, ou pression exercée pour la déstabiliser ou pour la contraindre à renoncer à sa dignité ou à ses droits légitimes, pour autant que les faits se soient produits sur le lieu de travail ou en rapport avec le contrat de travail ou avec son exécution ; aider ces salariés à faire valoir leurs droits. A ce titre, l’association se dote de la possibilité statutaire d’ester en justice auprès des juridictions prud’homale, civile, pénale, administrative, de sécurité sociale ou autre juridiction compétente. Le président représente l’association en justice et peut recourir aux services d’un avocat. L’exercice des actions en justice fait l’objet d’une déclaration préalable du bureau à la majorité de ses membres, sauf urgence manifeste ; l’action de l’association se limite à la fois dans l’espace : le territoire français, et dans le temps : elle sera dissoute dès l’extinction des dysfonctionnements. Siège social : 8, rue du Professeur-Laubry, B.P 24, 89400 Migennes. Date de la déclaration : 23 février 2001.

Contexte social et historique

Avril 1997, fusion-absorption de UAP dans AXA pour constituer une entité comptant 7.716 personnes. Les dirigeants du groupe semblent avoir réalisé un "sans faute" ; cinq ans plus tard, toujours pas de licenciement collectif, bien que les effectifs soient tombés à 3.904 personnes. Et les autres dirigeants de grands groupes européens de s'interroger : comment ont-ils fait "çà" ? Les discours font état de procédés difficilement critiquables : d'abord un engagement liminaire "pas de plan social", [ce qui, on s’en est rendu compte, ne voulait pas dire "aucune réduction d'effectifs"] ... ensuite l'amélioration des techniques de l’entreprise (évaluation des risques, réassurance, outil informatique, …) d'éventuels sureffectifs temporaires étant dirigés vers de nouvelles activités, ou résorbés par des mesures de temps libre choisi ... Ainsi, le 18 Mars 1997, un "accord de méthode" est signé par plusieurs organisations syndicales en vue d’une concertation sur la réorganisation du groupe ...

Pourtant en 1999, des salariés en appellent au Ministre du Travail ... En février, l'Assemblée Nationale est informée que cette fusion sans tâche a "coûté" 3.000 suppressions d’emplois, et s'inquiète d'une possible contagion dans le secteur bancaire.

A partir de mars, ce sont les représentants du personnel qui s'insurgent contre les méthodes de "dégraissage" mises en œuvre chez AXA,  qui menacent d'un droit d'alerte et dénoncent une fraude au plan social.

Fin 1999, la presse fait état de procès aux prud'hommes ; les articles se succèdent, qui fustigent en des termes dépourvus d'ambiguïté les pratiques du groupe et leurs conséquences pour ceux qui en sont victimes, pour l'essentiel des (ex) salariés de l'ex UAP. Certains d'entre eux sortent de leur réserve et rejoignent l'Association des Victimes de la Fusion (A-ViF), créée le 23 février 2001,  avec pour Président Christian BERTOT et Secrétaire Général Philippe MARTINEZ, réunissant dès l'origine plus de 200 adhérents.

Motivations et objectifs

L'association loi 1901, A-VIF est "... née de la prise de conscience des graves dysfonctionnements qui ont suivi la fusion AXA-UAP. Un des objectifs essentiels de l'association est de défendre les salariés qui ont été victimes de cette fusion".

Rassembler un maximum de victimes parmi une population traditionnellement individualiste (cadres commerciaux et agents quasi-indépendants...). Instruire et étayer les procédures pour optimiser leurs chances de réussite. Faire reconnaître la fraude au plan social afin de permettre à tous de "monter au créneau" (engager une procédure prud'homale) avec une quasi-certitude de l'emporter.

Sur le plan des situations personnelles, l'association dit se préoccuper des problèmes de santé, ... consécutifs à la rupture du contrat de travail avec AXA, néanmoins on ne dispose, pour le moment, que de peu d’indications sur sa manière d'agir pour faire face à cette situation au-delà des indemnités revendiquées (et d'ailleurs très souvent obtenues).

Pour l'essentiel, et conformément à l'objet initial déclaré en préfecture, ses actions sont de nature revendicative, grâce à l'appui de l'opinion publique et aux moyens du système judiciaire.


Type(s) :  Revendicatif – Informatif                                                                     Président / Secrétaire Général

ASSOCIATION DES VICTIMES DE LA FUSION (AVIF)           Christian BERTOT / Philippe MARTINEZ

Bilan et perspectives

Avec quelque fierté, AViF dit avoir eu connaissance de 800 procédures prud'homales engagées depuis 1997, dont, sur environ 250 plaidées, 180 auraient donné raison au salarié, avec un bon nombre de confirmations en appel. Il est à noter que l'état psychologique de beaucoup d'ex-salariés est un frein puissant à "remuer le passé", que ce soit aux prud'hommes et a fortiori en appel, lorsqu'ils ont été déboutés en première instance, bien qu'ils aient de très fortes chances qu'on leur donne alors raison.

L'ambition de AViF est d'arriver à faire reconnaître la fraude au plan social depuis le début des "hostilités" avec toutes les conséquences que cela implique tant pour l'entreprise (condamnation) que pour les salariés (réhabilitation en cas de licenciements abusifs, rétablissement dans leurs droits au travail ou à l'indemnisation). Un challenge sans doute difficile, et c'est tout à l'honneur de l'association que de relever un tel défi.

Contexte relationnel

A-ViF a ouvert un site Internet http://avif.pyxel.info, dont l'accès est réservé à ses membres, qui y trouvent des informations sur les actions entreprises, les articles ou émissions diffusés ou programmés dans les médias, de nombreux renseignements sur le harcèlement … ; le site a ainsi reçu plus de 3.450 appels en 18 mois.

De fait, l'association entretient l'intérêt des médias sur cette affaire en les tenant au courant des résultats des procédures engagées ; elle est également intervenue de nombreuses fois auprès des responsables politiques de tous ordres, démarches qui n'ont apparemment pas abouti à dépasser le stade des protestations indignées.

L'association, qui a recherché d'autres associations similaires, n'en n'a trouvé aucune travaillant sur la même base ; elle a pu simplement établir des contacts avec d'autres associations spécialisées dans la lutte contre le harcèlement. Quoi qu'il en soit, l'association se dit prête à en aider d'autres sur des problèmes similaires.

Besoins et projets

L'association continue ses efforts pour renouer avec tous ceux qui ont quitté le Groupe AXA depuis 1998 –  une démarche particulièrement difficile dans des contextes de rupture hors plan social – afin de savoir ce qu'ils sont devenus. Il faut dire que l'association a observé, pendant la même période sur les effectifs encore en poste, un nombre inquiétant de décès dont certains par suicide avéré, ainsi qu'un taux alarmant d'absences, notamment pour maladie et accident ; les mêmes causes produisant les mêmes effets, voire aggravés par l'isolement, elle est donc fondée à s’inquiéter du devenir de ceux qui ont été soumis au même régime, dont elle est sans nouvelles.

Pour éviter que la méthode dont ceux-là ont été victimes ne fasse école, l’association A-ViF a besoin de faire connaître, encore et toujours plus, la cause qu'elle défend. De fait, sa notoriété croissante lui vaut d’être de plus en plus sollicitée (renseignements, conseils, adhésions,  …) ; c’est une politique « chronophage » mais très favorable aux buts qu’elle s’est assignés, bien que, parfois, certains médias en profitent pour étoffer un dossier à bon compte, en omettant de dire l’essentiel ! Au delà des relations établies dans leur lutte contre le harcèlement, les responsables de l’association ne seraient pas opposés à apporter leur aide à d'autres associations de salariés qui seraient confrontées à des problèmes juridiques (prud'hommes ...).


Type(s) :  Soutien actif – Réindustrialisation                                                                                        Président

ASSOCIATION DU COMITE DE SOUTIEN SELNOR (A.C.S.S.)                                 Philippe BLOIS

Déclaration au Journal Officiel

Déclaration à la préfecture du Nord. ASSOCIATION DU COMITE DE SOUTIEN SELNOR (A.C.S.S.). Objet : recueillir des adhésions et des fonds publics et privés afin de venir en aide aux salariés touchés par la situation de grève de l'entreprise. Siège social : 12, rue Jean-Moulin, 59152 Chéreng. Date de la déclaration : 1er février 2002.

Contexte social et historique

Fin 2000, le groupe italien El.Fi provoque la fusion de Brandt et Moulinex, la nouvelle société ne tarde pas à afficher de lourdes pertes et annonce le 26/04/2001 la suppression de 4.000 postes. La mobilisation des syndicalistes et des politiques soutenus par les médias n'y fera rien ; échappant de peu à la liquidation, par décision du Tribunal de Commerce de Nanterre, le 22/10/2001, Moulinex est repris par SEB dont le plan de redressement comporte la fermeture de nombreux sites (seuls 1.856 emplois sur 5.590 sont maintenus).

Implantée à Lesquin, à quelques kilomètres au sud de Lille, les Ets SELNOR (Brandt) où sont fabriqués des réfrigérateurs et des congélateurs, suivent une autre destinée : ils sont repris par le groupe israélien Elco qui procède lui aussi à des coupes sombres : sur 643 salariés, 493 sont voués au licenciement, dont 314 en sursis pendant 9 mois pour un travail de sous-traitance.

Martine Aubry, maire de Lille, a pris fait et cause pour soutenir les salariés de Selnor depuis le début des évènements. Elle s'est félicitée du Plan Social octroyé par Elco dont les salariés, qui n’avaient vraiment pas le choix (çà ou rien) ont voté l'acceptation le mardi 5 Février 2002 ; elle a accepté de parrainer l'Association du Comité de Soutien Selnor (ACSS) créée quelques jours plus tôt (01/02/02), et, quelque temps plus tard, est intervenue en faveur d'une réindustrialisation (partielle) du site en obtenant1 qu'une grosse entreprise d'assemblage de mobile-homes, IRM2 vienne s'implanter à Lesquin et embauche dès septembre jusqu'à 75 à 80 anciens de Selnor, ce chiffre devant s'élever à 180 dans les deux ans.

De son coté, le Comité d'Entreprise existant continue à fonctionner pour ceux qui y travaillent encore ; pour les 173 autres, déjà licenciés, il leur reste l'association ... qui réunit une soixantaine d'adhérents.

(1) la Communauté Urbaine de Lille a concédé  pendant 9 ans les 17.000 m2 nécessaire pour le loyer symbolique de 1 €.

(2) IRM : Idéale Résidence Mobile, N° 1 Français du Mobile-home.

Motivations et objectifs

Venir en aide aux ex-salariés. L’intention première de l’ACSS était d’assurer une aide financière d’urgence aux salariés en difficulté du fait du retard de l’Assurance de Garantie des Salaires à verser les sommes qui leur étaient allouées, alors que le Comité d’Entreprise, qui peut légitimement intervenir dans ce domaine, ne l’a pas fait. Mais très vite il est apparu que le plus grand besoin était d’ordre social : il fallait rompre l’isolement dans lequel les personnes se sont trouvées rapidement plongées, essentiellement par deux moyens : beaucoup de soutien moral et renouer les contacts entre salariés (ex-salariés). Le 05/06/2002 l’ACSS se réunit avec le Comité d’Entreprise, le Syndicat Autonome SLT (majoritaire) et les autres syndicats pour rechercher comment ils pourraient s’impliquer au profit des personnes en difficulté financière ; cette réunion n'aboutit à rien, le Comité d'Entreprise considérant qu'il ne peut plus prendre en compte les ex-salariés puisqu'ils ne font plus partie de l'entreprise. Les objectifs prioritaires de l'association sont la reconversion du secteur d'activité, la défense de l'outil industriel et le maintien du site de production : "Responsabiliser la direction et l'engager dans une démarche de réflexion ... à terme proposer des solutions pour sauver l'entreprise en limitant les licenciements … La vigilance face au respect des clauses prévues dans le plan social, la prévention des licenciements abusifs, la volonté de trouver une solution individualisée pour chacun, l'instauration d'un réel dialogue entre direction et représentants syndicaux est le second défi que nous nous sommes fixé … un tremplin pour travailler sur des solutions ..."

Bilan et perspectives

Il est encore trop tôt (création du 01/02/02) pour évaluer les lacunes et la qualité des actions entreprises par l'association. Afin de maintenir le tissu relationnel entre ex-collègues, l'ACSS a organisé au mois de juin, avec le concours de l'association "Vivre Ensemble" de Lille, une journée festive à l'attention des salariés licenciés et de ceux encore en poste. Cependant le Comité d'Entreprise programme le même jour une sortie familiale à Disneyland réservée aux salariés : l'objectif initial de maintenir la cohésion entre les uns et les autres, est battu en brèche, mais cela n’empêche pas la fête d’être une véritable réussite pour les 120 participants ; des édiles locaux alors en campagne électorale (dont Martine Aubry) leur rendent visite et leur assurent un écho médiatique, vite assourdi par l'actualité politique. Dommage car : "L'association se doit d'être présente pour continuer à faire entendre la voix des salariés dont bientôt 314 personnes supplémentaires (173 en février) se verront privées d'emploi ..."


Type(s) :  Soutien actif – Réindustrialisation                                                                                        Président

ASSOCIATION DU COMITE DE SOUTIEN SELNOR (A.C.S.S.)                                 Philippe BLOIS

Contexte relationnel

Dès sa création, l'association a la volonté de prendre largement en compte les différentes parties prenantes de l'entreprise, notamment salariés et ex-salariés, l'entreprise elle-même (difficile), les collectivités locales ... Les salariés en poste paraissent se désintéresser du devenir de leurs ex-collègues, qui ont du mal à comprendre ce comportement. Les relations avec les pouvoirs publics sont qualifiées d'excellentes : "Depuis l'annonce de fermeture, nous avons été suivis et aidés. Depuis la création de l’association, nous avons reçu des aides financières. Ils ont toujours répondu présent à nos appels. Ils nous ont soutenus dans nos démarches par leurs présences lors de nos manifestations, mais aussi, avec l’aide de leurs services techniques pour les préparer". L'association n’entend pas tomber dans l'oubli : "Dès que les médias ne parlent plus d'une situation, l'opinion publique pense qu'il n'y a plus de problème [la fin du conflit marque-t-elle la fin des problèmes ?]. La réalité est tout autre ! … Il est difficile de se faire entendre et comprendre, en particulier face à des situations qui perdurent... comment alerter l'opinion publique ?"  Les médias qui, pour la plupart, ont "décroché" à la signature du plan social, ne devraient-ils pas continuer le suivi alors que d'autres difficultés n'en sont qu'à leurs débuts ?

Besoins et projets

L'ACSS a souhaité se rapprocher d'autres associations ; trois ont répondu à leurs appels : "Lesquin sans frontières", un don mais aussi un échange approfondi sur les "espoirs et craintes devant ce drame professionnel aux répercussions familiales non négligeables" ; "Vivre Ensemble", association de Lille Bois Blancs qui a pour but de créer des liens entre communautés et cultures diverses, qui ont concouru à la fête du mois de juin ; "Les Mains Bleues", l'association des Levi's qui présente le spectacle "501 Blues", dont l'ACSS projette d'organiser une représentation sur Lille dans les prochains mois, si possible en coopération avec d'autres (associations d’ex-salariés, et, si possible, … l'Université Européenne du Travail !)

L'Association du Comité de Soutien Selnor s'assigne un "devoir de mémoire en hommage aux générations qui ont travaillé dans l'entreprise". Leur objectif final est de "conserver notre mémoire commune et, pour cela, nous souhaitons fédérer les personnes entre elles, leur permettre ... de se retrouver même après leur licenciement". Et c’est sur cette attente qu’ils concluent : "l'avenir nous dira si cet objectif est atteint".


Type(s) : Revendicatif – Soutien actif                                                                                                 Président

COMITE DE SAUVEGARDE FELIX-POTIN – DISPAR                                          Gérard DERUELLE

Déclaration au Journal Officiel

Déclaration à la sous-préfecture de Palaiseau. COMITE DE SAUVEGARDE FELIX-POTIN - DISPAR. Objet : défendre les intérêts des salariés de Félix-Potin et Dispar privés d’emploi ou de logement à la suite de la liquidation judiciaire de ces sociétés. Siège social : hôtel de ville, 91160 Longjumeau. Date de la déclaration : 29 janvier 1996.

Contexte social et historique

Le 22 Décembre 1995 est prononcée la liquidation judiciaire des Ets Félix-Potin et Dispar qui totalisent 1.096 salariés répartis sur 440 magasins, le siège, les centrales d'achats et entrepôts.

Actuellement, il subsiste aux effectifs deux représentants des salariés au titre de la loi du 25 Janvier 1985.

Domaines d'activités : commerce et distribution.

A la fermeture de l’entreprise, les cinq sections syndicales ont disparu avec leurs adhérents. Les salariés protégés créent début 1996 une association pour défendre les ex-salariés et engager des procédures judiciaires. La formule de l'association est préférée à d'autres parce qu'elle apparaît la plus fédératrice (un syndicat aurait réuni nettement moins de monde). Les salariés réagissent avec motivation et détermination (516  adhérents). Sept ans après, ils sont encore 386. Les personnes concernées sont en majorité âgées (70 %) ; les pré-retraites représentent 15% à 20 %. Le régime de l'ACA est appliqué à ceux qui totalisent 40 ans d'activité. Les plus jeunes (=< 45 ans) trouvent des emplois de CDD ou intérimaires, et la population commerciale s'en sort mieux que les administratifs.

Un accord d'entreprise signé six mois avant la liquidation prévoyait une indemnité complémentaire en cas de licenciement économique, dont l'AGS refuse le paiement, d'où des procédures judiciaires depuis 7 ans.

La fermeture de l’entreprise a plongé beaucoup de salariés dans des situations difficiles1 du point de vue santé, famille, et logement  qui se sont traduites par des maladies graves consécutives au stress, des dépressions nerveuses, des séparations et des divorces ; il y a même eu deux suicides ; les gérants des magasins ont perdu le logement attaché à leur emploi.

(1) Pour la période 95-98, leur nombre est estimé entre 10% et 15 % , bien que, pour des raisons de pudeur et de discrétion, ce soient des données que l’on a du mal à cerner avec précision ; on parle essentiellement en AG de la situation des présents.

Motivations et objectifs

Pour l'association, il s'agit essentiellement : de faire respecter les droits des ex-salariés, notamment les dispositions de l'accord d'entreprise, en défendant leurs revendications et en s'assurant que chacun reçoive les sommes qui lui sont dues ; d’étendre la liquidation aux six sociétés du groupe ; de maintenir une structure permettant l’entraide sociale entre adhérents, et, grâce à ce collectif, d’avoir plus de poids face aux institutions.

Bilan et perspectives

L'association a conduit les procédures judiciaires nécessaires et s'est assurée de leur médiatisation. Ses atouts reposent sur l'esprit de famille de ses adhérents qui constitue une "force tranquille cohérente".

Le traitement social des personnes en difficulté a donné lieu à une modification des statuts ; des conseils fondamentaux ont été apportés à des personnes en situation de précarité ; certains ont été dirigés vers des services ad hoc.

L'association s'attendait à une aide plus efficace de la part des structures institutionnelles (services sociaux, politiques, soutiens financiers). Aujourd'hui elle adopterait peut-être un comportement et des objectifs plus radicaux envers ces institutions en développant une culture plus proche de celle d'un syndicat professionnel.

Sa prochaine grande échéance est l’arrêt de la Cour d’Appel de renvoi de Versailles le 09 octobre prochain.

Contexte relationnel

Les rapports avec les pouvoirs publics et politiques se sont révélés décevants (aucun engagement concret …) ; par contre, le soutien de la mairie de Longjumeau (sièges sociaux et entrepôts des entreprises) ne s’est jamais démenti. Les bonnes relations entretenues avec certains syndicats ne se sont pas concrétisées sur le terrain.

Un certain nombre de médias ont suivi et soutenu le déroulement des actions (résultat des procédures). L’association a notamment aidé ses membres dans leurs relations avec les Assedics, l’ANPE, des ONG …

Besoins et projets

Sans avoir, pour le moment, recherché d'autres associations du même type, les responsables sont tout à fait favorables à un tel rapprochement. Ils considèrent que les principaux bénéfices à en retirer seraient des échanges de connaissances, de pratiques, de savoir-faire, de manières d'appréhender les problèmes, ainsi que la création d'un réseau, les moyens d'approche des institutions, la lutte contre la précarité et la déchéance morale des personnes concernées. Il faudrait être subventionné et reconnu d’utilité publique : les procédures coûtent cher, et les adhérents, pour la plupart sans emploi, ne peuvent supporter l’augmentation des cotisations que nécessiteraient, par exemple, l’acquisition d’un équipement informatique de connexion à Internet, l’appel à des experts ou l’organisation d’une conférence de presse … En matière de reclassement, l’association se limite à de l’information car elle n’a pas les moyens d’en faire plus.


Type(s) : Soutien actif – Gestionnaire de fonds                                                                                   Président

FONDS SOCIAL DES PRÉRETRAITÉS DE LA SOCIÉTÉ OTIS                            Julien COURTEAU

Déclaration au Journal Officiel

Déclaration à la préfecture des Hauts-de-Seine. FONDS SOCIAL DES PRÉRETRAITÉS DE LA SOCIÉTÉ OTIS. Objet : conformément à l’article 2/1 du plan social présenté au comité central d’entreprise du 21 octobre 1999, venir en aide ponctuellement aux salariés qui se sont portés volontaires pour adhérer au plan de préretraite de la société Otis. Siège social1 : Otis, 4, place Victor-Hugo, 92400 Courbevoie. Date de la déclaration : 7 août 2000

(1) Il s’agit de l’adresse actuelle. Date de la déclaration de transfert : 7 novembre 2000..

Contexte social et historique

Au cours de l’année 1999, la SAS OTIS (5.400 salariés au moment des faits ; 5.500 actuellement) décide d’une profonde réorganisation qui affecte notamment ses sites de production comprenant de très nombreux « anciens ».

Domaine d’activité : Ascenseurs – Production, commercialisation et maintenance.

Dans le cadre d’un Plan Social, une mesure de préretraite « maison » sur la base du volontariat est soumise aux Institutions Représentatives du Personnel. Proposée à toute personne âgée de 54 ans et plus dans les services de production visés, cette mesure qui, d’une part, est entièrement financée par l’entreprise (globalement à hauteur de 289 MF), et qui, d’autre part, permet aux préretraités de continuer à percevoir 75,25% de leur salaire net jusqu’à leur sortie du dispositif, plus une prime d’adhésion de 5 à 9,25 mois, tout en étant licenciés et dispensés d’activité, recueille, dans son principe, l’assentiment du personnel. De fait, 179 personnes adoptent cette « solution ». Sur les conseils de son avocat, le Comité Central d’Entreprise leur propose alors, ce qui fut fait, de se constituer en association, notamment pour pouvoir gérer pour l’ensemble un fonds social d’entraide que la Direction Générale d’OTIS a mis à leur disposition, et représenter les préretraités auprès de cette direction  ou des autres organismes (à noter que la GEREP, chargée du paiement des rentes n’a pas qualité d’employeur). Actuellement, l’association compte encore 173 préretraités (depuis l’origine, 3 ont pris leur retraite et 3 sont décédés).

Motivations et objectifs

Apporter une aide ponctuelle aux préretraités, en cas de besoin, grâce au fonds social qui leur a été confié initialement dans ce but par la Direction Générale ; maintenir les liens avec l’entreprise et les autres organismes impliqués pour solutionner les éventuelles difficultés. Garder le contact avec l’ensemble des préretraités pour se tenir informés de leurs problèmes.

Bilan et perspectives

Jusqu’à présent, l’association a surtout répondu aux demandes d’aide pour le montage des dossiers de retraite.

Ses effectifs diminueront au fil des ans ; sauf imprévu, les derniers à prendre leur retraite le feront en 2009. Récemment, un problème important a été découvert, qui va nécessiter la mobilisation solidaire de l’ensemble des membres de l’association de manière à ce qu’une solution satisfaisante et équitable pour tout le monde lui soit trouvé : de par les dispositions du code de Sécurité Sociale, et le régime particulier auquel sont soumis les préretraités OTIS, dans un certain nombre de cas, les personnes vont se voir amputer leur retraite de Sécurité Sociale ; l’ensemble des « parties prenantes » (DG, CCE, OS, …) ont été saisies du dossier par l’association.

Contexte relationnel

Au delà de ses démarches à caractère essentiellement administratif auprès de l’entreprise (DRH, …) et des divers organismes impliqués dans les dispositifs de préretraite et/ou retraite, l’association entretient également de bons rapports avec les actuelles Institutions Représentatives du Personnel de OTIS, qu’il s’agisse du Comité Central d’Entreprise ou des cinq Organisations Syndicales en place, et en l’espèce, leurs Délégués Syndicaux Centraux ; ceci devrait présenter un avantage certain pour la résolution des difficultés auxquelles l’association serait (comme en ce moment) confrontée. Jusqu’à présent, les manifestations collectives de l’association se sont limitées à l’Assemblée Générale et au banquet annuels … rien ne dit qu’il en sera toujours ainsi.

Besoins et projets

L’association aimerait beaucoup rencontrer d’autres associations de même type pour échanger sur les problèmes qu’elles rencontrent, et envisager, le cas échéant, une organisation commune. Ils ont entendu parler de ce type de mesure chez IBM (Orléans) et Bayer, mais jusqu’à présent, cela n’a pas débouché sur une création d’association ; de ce fait, il ne subsiste plus que les coordonnées téléphoniques de quelques « individus », et il est donc plus difficile de se rendre compte de ce qu’il advient à l’un ou à l’autre.


Type(s) : Entrepreneur –  Revendicatif                                                                                                Président

IPECIENS ET COMPAGNIE                                                                                                  Rémy PRAT

Déclaration au Journal Officiel

Déclaration à la préfecture de la Seine-Saint-Denis. IPECIENS ET COMPAGNIE. Objet : défendre les droits des salariés et fournisseurs des sociétés Ipeci, Pservices, Besurf ; favoriser les échanges entre les membres ; transmettre les savoirs actuels et à venir autour des métiers de l’édition et du multimédia ; favoriser la recherche d’emploi et l’évolution des carrières ; diffuser des informations. Siège social : 18, rue de Strasbourg, 93200 Saint-Denis. Mél. : ipeciens@wanadoo.fr. Site Internet : www.ipeciens.fr.st. Date de la déclaration : 15 janvier 2002.

Contexte social et historique

En 1987, pour être autorisé par Apple à vendre ses célèbres Macintosh aux grands comptes, il faut disposer d’un centre de formation intégré ; IPECI1 naît de cette exigence.

Domaines d’activité : Formation permanente sur PAO et bureautique.

En 1992, suite à des difficultés financières, Didier DINH rachète aux époux HORN le groupe Polygone-IPECI pour le franc symbolique. De nouveaux centres de formation ne tardent pas à être ouverts à Paris et en province, soit plus de 170 postes en réseau dans 40 salles, assurant 27.000 journées de formation par an. Cependant, la crise des NTIC provoque à partir de 2000 un effondrement de la demande, si bien que le 24 septembre 2001, Didier DINH provoque la stupeur des 57 salariés en annonçant l’imminence du dépôt de bilan pour les trois sociétés imbriquées qu’il dirige : IPECI, P-SERVICES2 et BESURF, regroupées dans la holding DDA ; dès lors, et trois mois durant, les salariés, tout en ne percevant qu’une petite part de leur salaire, se lancent à corps perdus dans le sauvetage de leur activité, tandis que la plupart des prestataires, qui ne sont pas plus payés, les suivent dans cette tentative. Huit octobre, cessation de paiement, huit novembre, redressement judiciaire, et, le 3 décembre, l’administrateur judiciaire leur fait découvrir l’ampleur de la catastrophe : pas moins de 60% des postes à supprimer, mais aucune modification annoncée des modes de gestion à l’origine de la situation : le 7 décembre, les salariés, ne voyant rien qui puissent encore être préservé, votent à 80% pour la liquidation pure et simple, et , pour la première fois, se mettent en grève … Le 20 décembre 2001, la liquidation des trois sociétés DINH et leur holding DDA est prononcée avec confusion de patrimoine. Le 15 janvier 2002, les salariés des trois sociétés et leurs sous-traitants, qu’ils considèrent comme étant des leurs, constituent une association, fidèles à la solidarité qui a prévalu entre eux tout au long de leur histoire commune. Les perspectives de retour à un emploi salarié sont mauvaises pour les formateurs (1/3 du personnel), et peut-être plus encourageantes en ce qui concerne commerciaux, administratifs et techniciens.

Motivations et objectifs

Quelques salariés, qui avaient déjà, à l’époque, accepté de représenter le personnel, sont officiellement désignés dans le cadre de la procédure de liquidation (un pour chacune des 3 sociétés) ; ce sont également eux qui suscitent la création de l’association dans le but de garder le lien après fermeture des entreprises (éviter les « laissés pour compte »), et de défendre collectivement les intérêts de chacun, salariés et fournisseurs, cette dernière option leur ayant fait préféré une association à autre chose. Malgré tout ce qui s’est passé, l’association se préoccupe encore de préserver l’image de l’entreprise auprès de ses anciens clients, espérant que ceci jouera en faveur du retour de tous aux affaires. Dans ses préoccupations majeures, le maintien des compétences tient une large place : quoi de plus obsolescent que les connaissances nécessaires pour enseigner l’usage de logiciels qui changent de version tous les six mois ? Réparation des préjudices, aide juridique, aide au reclassement, à la création d’entreprise, conseils, soutiens, et, au niveau collectif, prévention de récidives ailleurs (gestion litigieuse), maintien des compétences de l’équipe, échange d’informations, effet de réseau, maintien du tissu social et lutte contre l’isolement, accompagnement des salariés, représentation collective, mise en commun de moyens (avocat, site Web, …), voire la relance de tout ou partie de l’activité.

Bilan et perspectives

Vis à vis de la Direction de l’entreprise et des instances judiciaires (liquidateur, tribunal de commerce …), la création de ce collectif maintient la solidarité préexistante et contribue à renforcer la position des ex-salariés et prestataires. Sur le plan individuel, l’association a prodigué conseils et soutien, tandis qu’à l’échelon collectif, elle estime défendre les valeurs morales et notamment la notion de justice. De nombreux membres de l’association, qui n’étaient pas spécialement au fait de ces questions, plutôt que d’attendre passivement le résultat des initiatives de quelques « locomotives », ont pris conscience de l’importance, mais aussi des difficultés inhérentes à l’action collective ; il leur reste néanmoins, pour la plupart, beaucoup de chemin à faire … Il apparaît aux responsables de l’association qu’il aurait mieux valu créer l’association avant la dispersion provoquée par la fermeture : ils sont tant bien que mal parvenu à doubler les 10 adhésions initiales, et il leur faudra encore quelque temps pour en convaincre d’autres de les rejoindre, les sous-traitants ayant été quasiment les premiers à le faire. Il leur a probablement manqué au départ quelques objectifs fédérateurs clairs, capables de séduire certains éléments moteurs qui ne sont encore intervenus que ponctuellement. Enfin, toujours au chapitre des regrets, pourquoi a-t-il fallu consacrer une telle énergie à la formalisation administrative de l’association plutôt qu’à l’organisation, dès l’origine, d’actions collectives susceptibles de fonder et renforcer la cohésion interne de l’équipe ? Une assistance à la création d’association serait bienvenue.


Type(s) : Entrepreneur –  Revendicatif                                                                                                Président

IPECIENS ET COMPAGNIE                                                                                                  Rémy PRAT

Contexte relationnel

Ni représentation syndicale, ni syndiqué, ni Comité d’Entreprise dans aucune des entités du groupe. Leurs rares contacts avec les syndicats (pour demander conseil sur la défense de leurs droits ou l’exercice du droit de grève) se sont révélés fort décevants. Les salariés, tant qu’ils étaient encore ensemble, ont réagi très positivement ; depuis la dispersion, c’est beaucoup plus difficile ; c’est seulement au bout de six mois, après une période d’abattement et de rejet total bien compréhensible, qu’ils commencent à refaire surface. Aucun contact avec les pouvoirs publics, si ce n’est l’administration judiciaire dans le cadre de la liquidation (relations très tendues avec le liquidateur). Un contexte de travail qui « efface » les limites juridiques de l’entreprise : les fournisseurs et sous-traitants sont « parties prenantes » de leurs démarches, mais il leur faut également tenter de redresser la mauvaise opinion dont sont injustement victimes les salariés auprès de certains fournisseurs, clients, et même concurrents : leurs compétences, connaissances, savoir-faire et conscience professionnelle ne sont pour rien dans la faillite de leur entreprise, comme d’aucuns ont intérêt à le laisser entendre.

Besoins et projets

Le principal souci de l’association est sa re-dynamisation, la re-mobilisation de tous ceux qui ont collaboré dans les trois entreprises en liquidation. L’association a mis sur pied un site Web3 ayant pour but de soutenir ses actions, et toute initiative susceptible de faire « rebondir » l’activité aux niveaux individuel et collectif. Un souhait : « que l’expérience des uns puisse servir aux autres … ». Mais ils ont bien conscience que cela implique des gens motivés ayant les moyens de faire ce travail ; ils estiment que participer à une mise en commun sera une expérience intéressante, toutefois leur priorité du moment est essentiellement de relancer l’association par des manifestations conviviales (fêtes, repas) réunissant les salariés et ceux qui leur sont proches. Se rapprocher d’autres associations permettrait, entre autres choses, l’échange de conseils d’ordre juridique, et l’élargissement du champ relationnel en faveur du reclassement.

(1)   IPECI : Institut Polytechnique pour l’Edition et la Communication Informatique

(2)   P-SERVICES et BESURF : Centre de formation informatique dans la PAO, le pré-presse, le web, le multimédia, la vidéo

(3)   Si le site Web joue un grand rôle sur le plan de l’information, son maintien « à jour » n’est pas facile ; on ne peut pas non plus tout y publier, notamment ce qui concerne les procédures en cours ; une lettre d’information mensuelle et des contacts téléphoniques complètent ce dispositif de communication.


Type(s) : Informatif – Convivial                                                                                                           Président

LES DAUPHINS                                                                                                                  Gérard MOULIN

Déclaration au Journal Officiel

Déclaration à la préfecture des Yvelines. LES DAUPHINS. Nouvel objet : apporter une aide aux personnes touchées par les différents plans sociaux appliqués dans les dernières années aux sociétés de raisons sociales S.N.I. et F.S.C. ; cette aide se manifestera principalement dans les domaines suivants : conseils d’ordre social et juridique, aide à la recherche d’emploi, aide financière, etc. Siège social : comité d’établissement Siemens Nixdorf Informatique, 15, rue Descartes, 78370 Plaisir. Mél. : jgmoulin@wanadoo.fr. Transféré ; nouvelle adresse : amicale AAIN, 61, rue Pierre-Curie, 78370 Plaisir. Date de la déclaration : 15 octobre 2001.

Contexte social et historique

Fin 1993, SNI, la jeune filiale informatique de Siemens a déjà engagé, depuis plusieurs années, une restructuration permanente, où les plans sociaux deviennent récurrents, comme celui de ce mois de décembre qui survient alors que s’amorce à l’échelle mondiale une longue période de récession économique. Le 10 janvier 1994, l’association « Les Dauphins »1 est créée chez SNI, mais, quelques mois plus tard, elle constate que, faute de moyens, elle ne peut atteindre ses objectifs ; ce n’est qu’en août 2000, lors de la « liquidation » du site de Plaisir par Fujitsu Siemens Computers (successeur de SNI), que « Les Dauphins » reprennent du service avec une philosophie quelque peu différente pour affronter un contexte sensiblement différent : 70 adhérents parmi une population de 83 cadres et techniciens de haut niveau qui, dans leur grande majorité, ont rebondi rapidement, et prennent maintenant plaisir à se retrouver pour échanger des « tuyaux » et soutenir leurs quelques collègues non encore recasés. Néanmoins, tout récemment, la conjoncture économique défavorable tendant à grossir leurs rangs, l’association réactive son dispositif de soutien et d’aide au reclassement. Actuellement, elle totalise 85 adhérents.

(1)   Certains militants syndicalistes, et autres représentants du personnel, avaient constaté lors des plans précédents que « pour les salariés licenciés, il n’y avait pas d ‘après ! ». De fait, le Comité d’Entreprise et les Organisations Syndicales, instrumentés pour agir efficacement à l’intérieur de l’Entreprise, sont totalement « désarmés » lorsqu’il s’agit d’œuvrer en faveur d’ex-salariés ; les outils prévus dans le plan social étant par nature assez éphémères, ceux-là se retrouvent bientôt à ne pouvoir compter que sur eux-mêmes. Or, dans cette situation de déraciné, sans repère, ni rien à quoi se raccrocher, il est facile de perdre pied, et extrêmement difficile de refaire surface. C’est ce qu’avaient remarqué les gens de la BULL : ils avaient créé l’association « Les Goélands » pour essayer d’aider par un soutien psychologique les 5% de « cas difficiles » qui, parmi les licenciés, avaient peu de chance de se rétablir.

Motivations et objectifs

En 2000, la solidarité s’exerce entre ex-salariés, qui réactivent la notion de réseau. Dans le même esprit, l’association s’attache au maintien des liens avec les entreprises susceptibles de reclasser des membres –  celles qui en ont accueilli d’autres – et, d’une manière générale, à la diffusion des informations, conseils, opportunités et bonnes adresses.

(2)   A l’origine, il s’est agi de perpétuer les relations interpersonnelles préexistantes à l’intérieur de l’entreprise nonobstant la rupture du contrat de travail (et l’un des fondateurs de faire le parallèle : « lors du décès d’un proche, le deuil est nécessaire, mais il n’est pas recommandé de rompre avec sa famille ! »). Le réseau ainsi constitué de salariés et ex-salariés de l’entreprise permet alors « d’identifier les parrainages possibles pour des collègues toujours, ou de nouveau, en recherche d’emploi ». Un tel dispositif complète avec bonheur celui mis en place dans le cadre du plan social, notamment les aspects qui ne sont pas , ou plus de son ressort (retour sur le marché après un premier reclassement, difficultés de tous ordres, psychologiques, financières, juridiques et autres, poursuite du suivi et de l’accompagnement quand les Antenne Emploi, Commission de suivi, … cessent de fonctionner, …), et surtout, la reconnaissance de la personne par ses pairs, qui savent, mieux que n’importe quel consultant, ce qu’elle « a dans le ventre », en un mot, ce qu’elle vaut dans son travail. Cette reconnaissance aide les personnes à tenir moralement en préservant leur estime de soi.

Bilan et perspectives

Deux ans après son redémarrage, l’association se félicite d’avoir vu la majorité de ses membres trouver à se réemployer rapidement, ceci lui permettant de se consacrer à ceux qui restent ; mais, certains d’entre eux restent encore sur la touche malgré bien des efforts (les leurs et ceux de l’association) alors que plusieurs les ont rejoints suite aux aléas de la conjoncture. Récemment, Les Dauphins ont accueilli 15 ex-salariés de NCR Nantes avec lesquels ils ont des affinités (anciens du SCIN de Plaisir).

Contexte relationnel

Sous les allures d’amicale des retraités qu’elle adopte parfois, l’association « Les Dauphins » n’en est pas moins très attentive au devenir de ses membres, qu’elle réunit deux fois par an, et dont elle prend entre-temps régulièrement des nouvelles. L’AAIN, l’amicale des anciens d’Intertechnique, lui a permis d’utiliser son carnet d’adresses pour favoriser ses actions de recherche d’emploi …

Besoins et projets

L’association Les Dauphins souhaite effectivement entrer en contact avec d’autres associations3 de même type, notamment pour étendre le réseau susceptible de favoriser le reclassement de leurs membres, et, par le jeu de la mutualisation, mettre en œuvre plus facilement certains moyens (site Internet, …).

(3)   Suite à la dernière Assemblée Générale du 08/02/2002, les responsables des Dauphins ont accepté la suggestion de l’Université Européenne du Travail de constituer un Groupe de Travail sur les associations de salariés confrontés aux restructurations, entre l’UET et quelques personnes des Dauphins, qui se sont portés volontaires, afin, d’une part, de faire connaître cette démarche innovante, et, d’autre part, autant que possible, d’établir des relations avec les associations de même type. Dès lors, ce groupe s’est réuni régulièrement et se tient prêt à participer activement aux travaux de l’UET dans ce domaine.


Type(s) :  Entrepreneur – Soutien actif                                                                                                Président

LES MAINS BLEUES                                                                                                          Patricia HUGOT

Déclaration au Journal Officiel

Déclaration à la sous-préfecture de Lens. LES MAINS BLEUES. Objet : projets sociaux et culturels. Siège social : culture commune base, 11/19, rue de Bourgogne, 62750 Loos-en-Gohelle. Date de la déclaration : 30 octobre 2000.

Contexte social et historique

Le 12 mars 1999, fermeture de l’usine LEVI’s Yser de La Bassée (Nord), suite à la délocalisation de la production, et licenciement des 541 ouvriers1, presque tous avec énormément d’ancienneté, ce qui, d’emblée, veut dire deux choses : soit ils/elles ont toujours travaillé là (et auront peut-être de la difficulté à faire autre chose), soit ils/elles ont atteint le mauvais âge (où il ne fait pas bon chercher un emploi), soit … les deux. Trois ans plus tard, on ne peut que constater les conséquences2 de l’échec du dispositif de reclassement aussi bien dans sa conception que dans son fonctionnement, qui a aggravé et rendu chronique le traumatisme de la rupture initiale, alors que les ex-salariés en fin de droits doivent « encaisser » ce nouveau coup. Pourtant certaines continuent à clamer haut et fort leur indignation face à « la fermeture injustifiable de l’usine » ; il s’agit des membres de l’association « Les Mains Bleues », créée en octobre 2000 par 25 ex-Lévi’s qui se sont « mises en scène3 » en montant, avec l’aide de l’association « Vies-à-vies », le spectacle « 501 BLUES » qui, depuis lors, continue à être joué régulièrement par cinq d’entre elles, devenues « intermittentes du spectacle »

(1)   On pourrait presque dire « ouvrières » s’agissant en très grande majorité de femmes

(2)   Voici ce qu’elles en disent dans une récente lettre « … à tous ceux qui devraient être responsables et n’y arrivent pas » : « …on sait les deux suicides, les dépressions nerveuses, les divorces, les familles dévastées, les dettes … »

(3)   Elles sont 25 à s’être portées volontaires pour participer, à raison de 6 H/jour pendant 2 mois, à un atelier d’écriture autour de Bruno LAJARA (metteur en scène à l’association Vies-à-vies), qui en sélectionne cinq pour jouer la pièce.

Motivations et objectifs

C’est Bruno LAJARA, le metteur en scène de « 501 BLUES », qui leur propose de donner à leur troupe de théâtre la structure d’une association loi 1901 pour en assurer la gestion. Au delà de cette « destination » fonctionnelle, l’association entend « continuer à se rencontrer et à garder ce lien de solidarité qui nous unissait à l’usine » ; ses principaux objectifs sont de rechercher des emplois, combattre l’isolement, se soutenir moralement et organiser des rencontres conviviales.

Bilan et perspectives

De fait, elles estiment bien prendre en compte la lutte contre l’isolement et pour le maintien des liens : elles sont encore 17 à se retrouver toutes les six semaines, une source de réconfort pour leurs ex-collègues en fin de droits qui  essaient de sortir de l’isolement en les accompagnant autant que possible lors des représentations. Leur grand regret est de n’avoir pas pu bénéficier de l’association, sinon avant les difficultés, du moins dès leur licenciement (elle a seulement été créée un an plus tard). Une occasion à saisir de recontacter tout le monde : revendiquer la part qui leur revient à la liquidation d’un plan d’intéressement de cinq ans, en cours depuis deux ans au moment des « faits » ; une manne substantielle, d’après elles, qui ne pourrait leur être que bénéfique.

Contexte relationnel

C’est peu de dire que la « démission complète des syndicats et l’absence de soutien de l’administration » les a déçues ! Plus aucun contact avec l’entreprise ; leurs collègues, totalement démotivés, « ne veulent plus entendre parler de Lévi’s  ; au bout de trois ans, çà va mieux : on peut supporter de voir le spectacle ».  Pas de problème avec les pouvoirs publics et les collectivités territoriales. Surtout, le spectacle est pour elles l’occasion de « contacts fréquents avec d’autres associations (forums, rencontres, débats, …) », et celle de susciter l’intérêt des médias (« vecteur ») afin de replacer sous les feux de l’actualité une histoire plus ou moins ancienne dont ceux qui l’ont vécue n’en finissent pas de subir les effets.

Besoins et projets

Leur ambition est de parvenir à se faire mieux connaître pour rassembler encore plus de monde ; en particulier, elles se souviennent d’ « avant » : « quand j’allais mal, j’aurais voulu qu’on vienne vers moi ; je n’osais pas aller vers les autres ») ; aussi souhaitent-elles renouer avec les « anciennes », qui ne savent plus à qui ou à quoi se raccrocher, mais elles ont conscience qu’ « il ne sera pas évident de remobiliser les gens ». Ayant rencontré, grâce au spectacle, les associations d’ex-salariés d’autres entreprises, elles espèrent maintenir avec celles-ci des contacts qui permettront aux uns de profiter de l’expérience des autres : « Conseils pour motiver et mobiliser les filles, connaissance de leur programme pour aider à maintenir notre association active ».


Type(s) : Cellule de reclassement – Informatif                                                                    Président / Trésorier

PERSONNE SUR LE CARREAU                                                    Michel BLONDEAU / Michel ALBRECHT

Déclaration au Journal Officiel

Déclaration à la préfecture du Nord. PERSONNE SUR LE CARREAU. Objet : rassembler les salariés licenciés des établissements Cerplex (ex-Xerox) dans le but de les aider et de les soutenir. Siège social : hôtel de ville de Neuville-en-Ferrain, 1, place du Général-de-Gaulle, 59960 Neuville-en-Ferrain. Date de la déclaration : 19 octobre 1999.

Contexte social et historique

Le 12 octobre 1999, le tribunal de Commerce de Roubaix prononce la liquidation de Cerplex, et le licenciement de ses 592 salariés. Il s’agit de personnes hautement qualifiées, maintenues au faîte des connaissances dans leur domaine par un programme de formation irréprochable – Cerplex est l’une des seules entreprises de la région à être certifiée ISO 14001 – néanmoins beaucoup ont 20 ans et plus d’ancienneté, et approchent la cinquantaine, si ce n’est plus, aussi les salaires sont-ils corrects, sensiblement au-dessus de ceux pratiqués dans le bassin d’emploi, toutes choses importantes quand on veut retrouver un emploi …En se reportant quelques années en arrière, on se souvient que le spécialiste de la reprographie Rank Xerox avait cédé son site de Neuville en Ferrain, près de Tourcoing, à l’américain Cerplex, qui s’engageait à assurer par ses commandes un certain volume de charge. Malheureusement, 18 mois plus tard, le tarissement des commandes américaines provoque la mise en redressement judiciaire, et la mobilisation du personnel pour le maintien de l’activité.

Domaine d’activité : assemblage et gestion logistique dans l’électronique, la bureautique et les télécoms.

Devant la menace d’un plan de 342 licenciements, les délégués de l’entreprise contactent les politiques (Martine AUBRY, Jean Pierre BALDUYCK, Rémi PAUTRAT, …), et en appellent à une « mobilisation générale des élus », obtenant, au bout de 2 mois, le blocage du plan social. Cerplex et Rank Xerox se rencontrent à Bruxelles sans qu’il en ressorte, semble-t-il, rien de concret. Les salariés maintiennent la pression ; Rank Xerox s’engage à verser 10 MF une fois les licenciements effectués ; un protocole d’accord est signé ; le tribunal décide la poursuite de l’activité jusqu’au 12 octobre1 … Les salariés se battent désormais pour leur plan social. Création de « Personne sur le carreau »2.

(1)   L’annonce de la liquidation fait les gros titres de la presse nationale : « … un des plus gros sinistres sociaux de l’année dans la région Nord-Pas-de-Calais … » ; « Après Bull, Transac, Velec, cette affaire illustre la difficulté à maintenir dans la région une activité de production électronique ». Six mois plus tard, on apprend que le groupe belge Punch International, qui avait renoncé in extremis à reprendre Cerplex ce fameux 12 octobre, créait un joint venture entre les Ets Dufour,  une société de câblage industriel de Villeneuve d’Ascq, en perdition, qu’elle vient de racheter, … et d’anciens cadres de Cerplex. Au passage, 54 emplois disparaissent, mais c’est une autre histoire …

(2)   Deux jours plus tard, Vanessa DELEVOYE (La Voix du Nord) écrit : « Ambiance d’assemblée générale d’avant comité d’entreprise, association, cellules de reclassement, indemnités … Les salariés se sont organisés ».

Motivations et objectifs

On peut citer Yannick BOUCHER, de La Voix du Nord : « La solidarité s’organise et une association est créée … Personne sur le carreau n’est pas une émanation de quelque syndicat, mais une initiative des salariés eux-mêmes. Combien sont-ils ? 450 ! Une vraie saga commence. L’association cherche du travail pour tout un chacun et pour tout le monde …Parallèlement se met en place … un dispositif de reclassement des salariés … On voit de tout, de l’agressivité, de l’abattement, un sentiment d’abandon, mais aussi une incontestable énergie puisée à la source d’une solidarité issue du pavé et des bannières ». La raison d ‘être de l’association ? Se prendre en charge3 : qui mieux que nous sait « qui » correspond aux critères du poste ?

(3)   De fait, Dominique Flipo, du cabinet Altédia, souligne dans le même article : « La cellule de reclassement permet de ne pas baisser les bras … c’est important, c’est même l’essentiel : le dispositif mis en place prend les salariés en charge à la place de l’ANPE et des autres formules de retour à l’emploi. La solution est collective, mais l’accompagnement est réellement individuel ».

Bilan et perspectives

Dès le 18 août 1999, l’association peut compter sur 440 adhérents ; ses efforts conjugués à ceux des deux cabinets de reclassement4 permettent à un grand nombre de personnes de retrouver un emploi ; au bout d’un an, ils ne sont plus que 165 demandeurs lorsque, le 16/11/00, l’association organise à Tourcoing le MUROF5. Avec le recul, l’association considère qu’elle a fait pour le mieux, et que son principal atout réside dans son réseau. Malgré la dissémination due aux nombreux reclassements réalisés, l’association compte encore 200 adhérents pour faire face à la situation nouvelle de chercheurs d’emploi en fin de droits.

(4)   Altédia et Entreprises et Cités (ex Maison des Professions de Marcq en Baroeul)

(5)   Le MUROF, c’est un FORUM de l’emploi organisé, c’est le monde à l’envers, par les salariés ! Certes, seulement 12 entreprises sur les 1.300 invitées se sont déplacées, mais c’est un succès : de nombreux anciens de Cerplex se sont mobilisés et plusieurs salariés ont des contacts positifs : le moral remonte. Ils avaient en tête un autre projet encore plus ambitieux : créer, avec l’antenne emploi, une cellule multi-entreprises au service des salariés licenciés de la région, tous secteurs confondus … avec l’aide des pouvoirs publics.


Type(s) : Cellule de reclassement – Informatif                                                                    Président / Trésorier

PERSONNE SUR LE CARREAU                                                    Michel BLONDEAU / Michel ALBRECHT

Contexte relationnel

Bonnes relations avec les pouvoirs publics et les collectivités territoriales, mais des résultats nuancés ; citons la mise à disposition de locaux par les municipalités de Tourcoing et Villeneuve d’Ascq pour accueillir les antennes emploi et une collaboration efficace avec l’ANPE et l’ATES6. Du coté des entreprises sollicitées, les réactions sont très positives7. Plusieurs représentants de Cerplex sont membres de l’association. Certains sont en contact avec des ex-salariés de Velec (Tourcoing) qui ont, eux aussi, créé leur association. Quant aux médias, et divers autres organismes, il leur semble avoir parfois été traités comme de la matière première …  d’être oubliés dès qu’ils arrêtent de s’agiter.

(6)   Association Tourquennoise pour l’Emploi Solidaire

(7)   « … impressionné par leur motivation au delà de leurs compétences » (Christophe Maillard de Access-it –  Propos recueillis par Yannick BOUCHER – La Voix du Nord) ; « Cerplex avait la volonté de maintenir son personnel à un haut niveau de formation. Finalement leurs salariés se sont très bien adaptés à notre culture d’entreprise familiale » (M.Lenne des Chantiers Wauquiez/Benneteau) « … nous étions au top … ce qui fait parfois peur à des entreprises plus petites » (Ronald Charbaut, vice-président de l’association –  Propos recueillis par Cristelle JEUDY – Nord Eclair)

Besoins et projets

La perspective de la fin de droits amène de nouvelles préoccupations telles que soutien psychologique, réinsertion sociale, alors qu’il ne subsiste, du dispositif de reclassement originel, que l’association et ses adhérents. Récemment, ses responsables se sont rapprochés de Proform8, avec pour objectif le reclassement des personnes plus âgées. Fidèle à la mission qu’elle s’est assignée, Personne sur le carreau a créé son propre site, du même nom, sur lequel sont publiés et classés tous les CV et interviews de ses adhérents demandeurs d’emploi. Elle est favorable à établir des liens avec d’autres associations du même type dans la mesure où elle ne néglige aucune piste qui puisse servir son projet de « tenir jusqu’au dernier reclassement ».

(8)   Organisme spécialisé dans le reclassement, également sis à Tourcoing