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avif.pyxel.info Les Nouveaux Barbares unecompagnie.fr
Au Théâtre: Les Nouveaux Barbares à PARIS au mois de septembre 2015
       
On vit une époque merveilleuse, vous le savez... Du plein emploi partout et, dans les entreprises aux locaux repeints façon bisounours, un univers où il fait bon s'épanouir et mettre sa créativité sans entrave et sans réserve au service d'un patronat compréhensif et aimant.... Hein quoi ? Que viens-je de dire là ? quelqu'un m'aurait il versé un méga tazz dans mon café du matin ? Non, c'est vrai, à part chez France Télécom, on croise peu de cadavres sur notre lieu de travail, ce qui nous change agréablement de l'esclavage et de la mine.... mais pas besoin de sang pour faire du dégat... Les Nouveaux Barbares ont d'autres armes, plus discrètes, perversement subtiles et tout aussi destructrices : La parole équivoque qui génére le stress, l'humiliation publique, le harcèlement moral, les fausses promesses et les vrais coup bas... Tout un arsenal verbal et machiavélique au service d'un but : Te faire craquer une fois ton jus exprimé afin que si possible tu démissionnes et cèdes la place à un nouveau battant tout neuf et pressé de plaire avant de finir pressé tout court... La Compagnie "Une Compagnie" s'est attaché pendant trois ans à recenser mille et un exemples de cette nouvelle violence au travail où le coup de fiel remplace à merveille le coup de fouet.... Cette nouvelle barbarie se limite-t-elle aux limites de l'entreprise ou, pire, se répand-t-elle partout pour gangrener toute la société ? C'est ce que vous saurez sans doute à l'issue de ce spectacle où les D.R.H curieux feraient bien de se pointer grimés sous peine de repartir sapés façon goudrons et plumes....
Le metteur en scène Frédéric El-Kaïm présente « Les nouveaux barbares » à Libourne et à Bordeaux.
Ambitieux, dans la forme et dans le fond.
--« Même les libéraux pourraient aimer »
« Je suis un vieux shakespearien : je suis convaincu qu'il ne faut pas laisser le public sur une seule émotion ».
Avec « Les nouveaux barbares », Frédéric El-Kaïm livre son projet le plus ambitieux à ce jour : onze comédiens sur scène pour une pièce qui a mis près de quatre ans à voir le jour, dont deux années d'enquêtes, de discussions et d'écriture. Pour dresser un portrait de la souffrance au travail en allant au-delà du constat, pour faire de ce drame quotidien un drame théâtral, sans manichéisme mais sans concessions. Rencontre avec un franc-tireur du théâtre girondin.

-« Sud Ouest ». Onze comédiens pour votre première création depuis 2007 alors que la tendance est plutôt aux formes légères, c'est plutôt inhabituel...
--Frédéric El-Kaïm. J'ai toujours eu l'idée de troupe, comme quand j'ai commencé à faire du théâtre à la fac. J'ai appelé une douzaine de comédiens et la plupart ont répondu présent. Des gens qui avaient du métier, pas de problèmes d'ego, des gens sains et qui veulent travailler sur la durée.
Au départ, le deal c'était qu'on ne ferait pas de création avant trois ans. Ma proposition, c'est j'écris et je mets en scène et vous êtes comédiens. On a travaillé une semaine par mois avec ceux qui étaient libres plus deux ou trois semaines l'été pendant trois ans. Ce qui est marrant avec le concept de troupe, c'est que tout le monde en parle alors que c'est l'exception.

-Et vous êtes tout de suite partis sur le thème de la violence au travail ?
--Non, au départ, je voulais faire quelque chose autour de Hamlet. Les diffuseurs que j'ai contactés trouvaient l'idée intéressante mais n'étaient pas prêts à la programmer. La violence au travail, c'était mon plan B. J'y ai réfléchi et un jour, j'ai entendu l'histoire d'un type dont le fils était atteint d'une grave maladie, dont l'état s'est brusquement dégradé. Le père a demandé un congé sans solde pour s'en occuper mais son fils est mort. Quelques jours après, il était viré de son entreprise au motif qu'il manquait de motivation. C'est devenu le point de départ de la pièce. C'est très dramatique mais j'ai vu beaucoup de pièces sur le sujet qui jouent toutes sur l'ironie. C'est parfois très bien mais je voulais une écriture réaliste. Je l'entrecoupe parfois de scènes burlesques parce que je suis un vieux shakespearien : je suis convaincu qu'il ne faut pas laisser le public sur une seule émotion.

-Vous avez enquêté pendant deux ans avant d'écrire. Qu'est ce qui en est ressorti ?
--J'ai vu des gens de France Télécom, Pôle Emploi, des anthropologues, des sociologues... Cette violence s'est répandue dans les années 2000 suite à l'intervention de l'actionnariat dans la gestion, ce qui a totalement changé la donne. Et depuis un an que je parle de ce projet, je suis effaré par le nombre de gens qui me disent que ça leur est arrivé. Ce que j'ai découvert aussi, c'est que la compétitivité n'a rien à voir là-dedans : c'est de la préservation catégorielle, pour être sûr que ceux de la caste en dessous ne monteront pas à votre niveau.

-Vous n'avez pas eu peur de faire une pièce trop militante ?
--C'était un risque, comme celui d'être trop manichéen. Mais je me suis efforcé de donner une vraie chance aux personnages, avec l'idée que même les libéraux pourraient aimer ce spectacle. Il faut comprendre qu'il y a maintenant une valeur travail qui chapeaute la dignité humaine et la fait disparaître.

-Curieusement, vous parlez aussi du monde du spectacle. Il s'y passe la même chose que dans les autres métiers ?
--C'est la même chose mais on n'en parle pas. Je connais des metteurs en scène qui font bosser deux comédiens sur un même rôle et qui décident au dernier moment lequel va jouer. La plupart des metteurs en scène se comportent comme des ultralibéraux. Dans ce métier, on est dans le rêve vivant du libéralisme : on est ultra-flexibles, on travaille parfois sans être sûrs d'être payés... On est le modèle de ce que veut le Medef. On a tendance à croire que la culture provoque l'empathie. C'est faux, ce n'est pas lié. On devrait le savoir depuis le nazisme.

-Pour vous et pour la troupe, cette pièce est importante ?
--Oui, parce qu'on a travaillé pendant quatre ans pour créer cette troupe sans qu'aucune institution ne nous ait suivi. Et même si mes spectacles tournent bien et me permettent d'être autonome, j'ai beaucoup donné de ma poche pour monter cette pièce. Si le spectacle tourne, cette équipe continuera et restera une troupe. J'ai fait ce que j'avais à faire. Si les gens ne le prennent pas, c'est que ça ne le vaut pas, je n'aurai rien pour justifier un échec. Mon ambition est de faire du théâtre contemporain populaire et donc que les gens ne s'ennuient pas.

Libourne
       
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