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LIBERATION par Nicolas CORI
mardi 01 juillet 2003
Arles (Bouches-du-Rhône) envoyé spécial es conflits entre Axa et ses agents d'assurances prennent souvent un aspect particulièrement dur, qui déborde le cadre des relations sociales normales. A Lille, un agent a fait une grève de la faim pour protester contre les méthodes de sa compagnie (voir ci-contre). A Arles, un autre agent du groupe, qui a fait plusieurs jours de préventive, est mis en examen pour «faux et usage de faux, escroquerie et détournement» pour avoir déplu à sa hiérarchie. Denis Faravel, 42 ans, est officiellement soupçonné d'avoir abusé de clients âgés ou faibles, auprès de qui il aurait placé des produits de placements sans leur consentement. Il passe en jugement aujourd'hui à Tarascon. Meilleur agent. Première surprise de ce dossier très bizarre, dont nous avons pu consulter les principaux procès-verbaux : sur plusieurs milliers de clients, un seul s'est porté partie civile. Il s'agit d'une vieille dame qui n'a plus toute sa tête et a été placée sous curatelle. Le véritable responsable des plaintes est Axa. Les relations entre la compagnie d'assurances et Denis Faravel avaient pourtant bien commencé. Engagé en 1994, l'homme est vite élu meilleur agent de la région. Plaçant beaucoup de produits, faisant exploser son chiffre d'affaires et ses commissions, Denis Faravel fait gagner de l'argent à sa compagnie. D'origine mo deste, l'homme a de l'ambition et n'a pas peur d'afficher sa réussite. Il circule en Jaguar et parle de construire une nouvelle agence avec les cours du CAC 40 qui défilent sur la devanture. De quoi agacer ses concurrents. Le beau roman provincial se grippe pourtant. A cause d'une femme, sa collaboratrice. Elle s'éprend de lui. Il repousse ses avances. Elle s'absente, déserte le bureau pendant des semaines. Il la licencie. Et pour se venger, elle va le dénoncer auprès d'Axa, en prétendant qu'il est un escroc. En juillet 1997, il est convoqué par Axa. Qui lui dit qu'il ne fait plus partie de la compagnie car il a commis des faits répréhensibles, et porte plainte. Pas grave, se dit Denis Faravel, je vais chez un autre assureur. Il demande seulement qu'on lui règle ses 260 000 euros de fonds de commerce et de commissions. Mais Axa, qui accepte le deal dans un premier temps, ne lui verse rien. Denis Faravel dépose alors un recours au civil. Axa rétorque par une nouvelle plainte, mais cette fois avec constitution de partie civile. Ce qui implique l'ouverture d'une instruction pénale. Et bloque l'examen de la demande d'indemnités de départ. Sévère. A partir de 1998, les ennuis de Denis Faravel ne s'arrêtent plus. La juge d'instruction, particulièrement sévère, décide de le placer en détention préventive pour une dizaine de jours. Puis, elle lui impose un contrôle judiciaire lui interdisant la profession d'assureur. Mais surtout, l'instruction permet de découvrir des irrégularités dans l'activité de Faravel. Des chèques endossés avec une signature contrefaite ou des demandes de prêts non signés par les intéressés, dont ses ex-collaborateurs seraient les auteurs. Lui dit qu'il ne sait rien. Par ailleurs, la faute ne porte pas vraiment à préjudice puisque, dans presque chaque cas, ces faux ont été faits avec l'aval des intéressés. Plus gênant, certains clients disent ne plus se rappeler avoir demandé tel produit de placement ou avoir été informés explicitement des frais perçus par l'agent. «C'est sûr. J'aurais mieux dû expliquer certains produits, reconnaît Denis Faravel. Mais les gens me disaient : Monsieur Faravel, on vous fait confiance. Ce n'est pas la peine de nous expliquer.» Et de fait, pratiquement personne ne se retrouve lésé financièrement par les pratiques de l'agent. «Tous les placements que j'ai faits m'ont rapporté et je n'ai pas de plainte à formuler», dit ainsi lors d'une audition une personne qu'Axa considère comme victime de Denis Faravel. Mais Axa s'engouffre dans la brèche. La compagnie, qui avait engagé des détectives privés pour enquêter sur son ex-agent, fait constamment pression auprès du parquet pour que l'affaire suive son cours. Elle réclame même que Faravel retourne en prison pour avoir essayé de travailler auprès d'un concurrent. «Il s'agit d'un dossier dans lequel notre image a été atteinte par des comportements anormaux, eu égard à nos valeurs», se contente d'affirmer Michel Hascoet, le responsable d'Axa Sud-Est. Mais, bizarrement, Axa ne demande que 25 000 euros de préjudice, dont 14 000 au titre «de primes détournées» et 4 000 au titre de «minorations de droits d'entrée». Cela ferait de Denis Faravel un escroc plutôt minable, lui qui se faisait 45 000 euros de commissions par mois. Rebelle. C'est d'ailleurs là qu'il faut peut-être chercher la vindicte d'Axa. Ces commissions, que la compagnie reversait à son agent, devenaient de plus en plus importantes. De 220 000 euros en 1995, elles étaient passées à 330 000 en 1996. Et 1997 menaçait d'être une année encore plus faste. D'ailleurs, Denis Faravel est convaincu qu'Axa a ce comportement avec n'importe quel agent un peu rebelle. Depuis quelques semaines, l'homme a découvert que beaucoup d'autres ex-agents de la compagnie sont dans le même cas que lui. Ensemble, ils essaient de monter une amicale. De quoi pouvoir parler d'égal à égal avec Claude Bébéar, le fondateur et président du conseil de surveillance d'Axa, devenu le nouveau chantre de l'éthique dans les affaires.