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un passage du livre d'Eva JOLY....page 292
"Est-ce dans ce monde là que nous voulons vivre", ses propos suivants dans un paragraphe intitulé " SANS GARDE-FOUS NI REPERES": "(...) En donnant une prime à la spéculation financière, la mondialisation a déplacé le curseur de nos références. Clé de voute de ce nouveau systtème de valeur, les salaires des dirigeants des grandes entreprises se sont envolés de manière exponentielle. Nos chefs d'entreprises se sont attribué une fraction déraisonnable de la valeur ajoutée dégagée par les sociétés qu'ils dirigent. Nous avons consenti à ce dérapage, par une sorte d'anesthésie collective.
Ainsi, l'attribution à Claude BEBEAR, le PDG français de l'assureur AXA, en dix ans, de 1,6 milliard de francs de stock-options n'a pas soulevé la moindre protestation. L'assemblée générale d'AXA a ainsi permis à son PDG d'accumuler au grand jour, et de manière tout a fait légale, ce que les dirigeants d'Elf ont tenté d'accaparer de manière occulte. Bien sûr, l'atteinte au contrat social n'est pas de même nature mais les deux comportements se renforcent l'un l'autre: ils s'autolégitiment. Cette critique a longtemps été taboue mais je l'assume avec force.
Vingt ans durant, alors que la grande corruption explosait, les conseils d'administration de sociétés cotées - en une symétrie évidente - se sont lancés dans une surenchère de jetons de présence, stock-options, salaires, indemnités de toutes natures...Une dérive sinon criminelle, du moins criminogène. Les plus -values réalisées sur les stocks-options peuvent atteindre jusqu'à trente fois le montant de leur salaire. Il existe même des assurances contre la baisse des cours!
Il y a trente ans, la facteur multiplicatif entre le salaire moyen d'une entreprise et le salaire le plus élevé était de vingt. Aujourd'hui, il avoisine les deux cents
. La dépression boursière n'a pas freiné les ardeurs. (...) Ces comportements sont moralement répréensibles et juridiquement contestables. Selon la jurisprudence française, en effet, une rémunération excessive peut donner lieu à des poursuites pour abus de biens sociaux. Mais cette application stricte de la loi menace plus les boulangers en difficulté que les PDG de sociétés cotées. Plus qu'un moyen ou un levier, le pouvoir est trop souvent devenu un filon ou un butin.
Les fusions des années 1990 ont dégagé des profits inégalés pour les dirigents de société et les banques d'affaires. Le fossé ne cesse de se creuser entre les 10% les plus riches et le reste de la population, d'abord aux Etats-Unis, bien sûr, mais aussi en Europe et en Asie. (..)"