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LIBERATION A Lille,
quatre ans de conflit et un agent «fini» Dominique Faure a été révoqué vendredi par l'assureur.
Par Haydée SABERAN mardi 01 juillet 2003 «Imaginer qu'on ait pu avoir une politique différente d'un agent à l'autre, c'est inconcevable.» Chez Axa Lille de notre correspondante*


débarqué. Dominique Faure n'est plus agent général d'assurances chez Axa à Lille. Après quatre ans de conflit, cet homme de 61 ans a été révoqué par sa compagnie vendredi matin. Il y a un an, il s'était mis en grève de la faim contre Axa qu'il jugeait responsable de la baisse de son chiffre d'affaires, exigeait des dommages et intérêts, et des excuses. Une médiation avait démarré. Elle vient d'échouer. «Le coup de grâce», gémit l'ancien agent. «A partir de maintenant, je n'ai plus de revenus.»*


Stress. Que reproche Dominique Faure à son ancienne compagnie ? Des pratiques de mise en «concurrence» à l'intérieur même du groupe, de la part de filiales ­ Axa Courtage, Direct Assurances ­ ou d'agents généraux autorisés à pratiquer des prix cassés. «Direct Assurances peut proposer un produit trois fois moins cher que le mien», explique-t-il. Pour faire face, Dominique Faure baissait ses prix. «Les clients fuyaient, la source se tarissait.» A ses plaintes répétées, Axa rétorquait qu'il n'était pas assez agressif commercialement et avait du mal à «gérer [son] stress». «Il n'y a pas de délit de sale gueule chez nous, nous a déclaré hier un porte-parole d'AXA. Imaginer qu'on ait pu avoir une politique différente d'un agent à l'autre, c'est inconcevable», et d'ajouter que le problème est «moins économique qu'humain» chez Dominique Faure.*


Ce que la compagnie présente comme un problème humain ressemble plutôt à une longue guerre de tranchées. Car le bonhomme ne s'est pas laissé faire. C'est un habitué des coups de gueule et des e-mails circulaires. Un homme atypique, facile à marginaliser. Le 3 juillet 1999, Axa déclenche les hostilités. Faure est convoqué au commissariat de Lille. Une procédure d'urgence prévue par le code de la santé publique : la compagnie s'inquiète pour sa santé mentale. Dans une lettre au maire de Lille, la direction d'Axa à Paris a écrit : «Nous tenons à porter à votre connaissance le trouble mental apparent et les tentations suicidaires que manifeste notre agent général d'assurances à Lille, Dominique Faure. (...) Il affirme depuis quelques jours être résolu à se suicider, prévoit de commettre cet acte le 4 juillet, et précise qu'il en veut à notre Groupe et à son Président. (...) Nous vous laissons le soin de prendre toutes les mesures provisoires nécessaires à cet état de fait.» La mairie de Lille transmet le dossier au commissariat où un généraliste l'examine et constate qu'il a toute sa tête. «Si j'avais paniqué, on aurait pu me faire passer pour fou, pour me retirer mon mandat», assure-t-il. Il va voir un psychiatre, qui trouve aussi qu'il va bien.*


«Rongé». Après cela, les relations entre l'agent et sa compagnie ne cessent de se dégrader. Demain, ses dossiers clients seront transférés au siège régional d'Axa, à Lille. Hier, Dominique Faure semblait seul. «Je suis un homme fini, je suis rongé, Axa m'a épuisé.».*