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LE MONDE / 03 Octobre 2000 / Supplément -------------------------------------------------------------------------------- LE MONDE ECONOMIE LES ENJEUX - LES INITIATIVES EMPLOI-

Réforme du réseau commercial " S " : Axa Conseil n'assure pas.

Deux cents dossiers auraient été déposés devant les conseils des prud'hommes M anquements graves imputables à l'employeur ", a estimé le conseil des prud'hommes, qui a prononcé la " résiliation judiciaire " du contrat de travail d'un salarié d'Axa Conseil " aux torts de l'employeur ". Ce dernier a été condamné à verser à son ancien commercial plus de 1 million de francs. Ce jugement n'est pas un cas isolé. A Saint-Malo, à Coutances, à Montpellier, etc., des affaires similaires ont été jugées dans le même sens, où il est question de " licenciement abusif ", de " comportement manifestement déloyal " de l'employeur... Toutes ces procédures sont liées à une réforme interne engagée en 1998 par Axa et touchant les commerciaux salariés du réseau " S " (ex-UAP), dans la foulée de la fusion des deux sociétés. Selon FO, premier syndicat d'Axa Conseil et opposant à cette réforme, sur 23 jugements dont il a eu connaissance, 21 ont condamné l'employeur. La direction affirme en revanche que sur 54 jugements rendus, elle en a perdu 25, pour lesquels elle a fait appel. Au total, deux cents dossiers auraient été déposés devant les conseils des prud'hommes. En 1998, CFDT, CGT, CGC et CFTC signent avec la direction un accord modifiant profondément les conditions de travail des personnels commerciaux salariés pour la plupart issus de l'UAP. En particulier, la partie fixe de la rémunération est supprimée et le mode de calcul des commissions est changé. " C'était la seule solution pour sauver le réseau ", justifie la CFDT. " Le but était d'arriver à des niveaux de rémunération comparables à la situation antérieure ", assure Alain Roubin, directeur général du réseau S. Selon la direction, 95 % des salariés ont accepté de signer un nouveau contrat de travail. Dans les faits, constate Alain Roubin, les rémunérations de ceux qu'on appelle les " optants " ont été " préservées et ont même évolué positivement ". Ce n'est pas l'avis de FO, non signataire de l'accord, tout comme les indépendants de l'Union des personnels d'Axa (UDPA). " Cette réforme a entériné 30 % à 50 % de pertes de rémunérations parce que les commissions ont été réduites ", dénonce Jean-Claude Stefanini, délégué syndical central FO. Mais alors pourquoi 95 % du personnel ont-ils signé si les nouvelles conditions sont si mauvaises ? " A cause des pressions, des menaces qui ont été faites ", accuse le délégué. Alain Roubin admet que s'il y a eu " ici ou là quelques excès verbaux, cela ne dépasse pas le stade de l'anecdote. " Tout comme, sans doute, ce message électronique " très confidentiel " émis par un responsable régional à ses inspecteurs départementaux. " Je vous encourage vivement, écrit-il, à mettre tout en oeuvre pour faire opter [pour le nouveau contrat] vos collaborateurs dans les délais les plus brefs ". Un autre message indiquait que " si une personne n'opte pas, elle est dans une situation de défiance vis-à-vis " d'Axa. Pour Alain Roubin, il ne s'agit que d'un " dérapage ". En réalité, selon cette salariée " non optante ", si beaucoup de collègues ont signé, c'est " parce qu'on réfléchit à deux fois quand on a une famille, des crédits ". L'accord avait pourtant prévu que les " non-optants " pourraient continuer à travailler dans les mêmes conditions qu'avant. Mais pour certains, cela ne semble pas avoir été le cas. " Quand Axa sortait des nouveaux produits, les non-optants n'avaient pas le droit de les vendre ; on nous écartait des réunions d'information, de formation... " Certains conseils de prud'hommes ont d'ailleurs estimé qu'il y avait là " discrimination ". Une vision que la direction rejette. " Quand on est non optant, on choisit de rester en dehors de l'équipe, on n'est donc pas convoqué aux réunions d'équipe, indique Alain Roubin. Mais pour le reste, " la discrimination n'existe pas ". Entre fin 1997 et fin 1999, l'effectif du réseau S est passé de 3 735 salariés à 2 602. La direction estime que cette décrue est due à un turn-over habituel combiné à une " politique de recrutement plus sélective ". Pour FO, il s'agit d'un " plan social déguisé ". FRANCINE AIZICOVICI