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l'article du 25.09.03 sur les "entreprises où il fait bon vivre "

NOUVEL OBSERVATEUR Semaine du jeudi 23 octobre 2003 - n°2033 -
Entreprendre Bonheur au travail: le débat Quand Axa se rebiffe... Peu de contestations ont suivi notre dossier sur «Les entreprises où il fait bon vivre... et les autres», pourtant sévère pour certaines sociétés. Axa s'est cependant estimée injustement pénalisée, et nous présentons ici ses arguments
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L'enquête que nous avons publiée le 25 septembre dernier (« N.O. » n° 2029) sous le titre «Les entreprises où il fait bon vivre... et les autres» était sans précédent. Elle n'avait pas pour but de stigmatiser des entreprises mais de répondre à une demande croissante des jeunes diplômés. Tous les sondages montrent que ceux-ci sont de plus en plus sensibles à la qualité de vie au travail, aspirant à plus d'écoute, de reconnaissance et de possibilités d'évolution. Or autant les entreprises depuis dix ans - et sous la pression des actionnaires - sont devenues transparentes sur les salaires de leurs dirigeants, si longtemps opaques, autant il leur reste à franchir cette étape en ce qui concerne l'affichage de leurs performances sociales. Nous avons relaté les difficultés rencontrées par nos quatre journalistes pour enquêter sur les conditions de travail, la valorisation des talents, le dialogue et l'égalité professionnelle. Les entreprises sont expertes à vanter leurs marques sur le marché. Moins nombreuses sont celles qui se montrent soucieuses de valoriser leur «marque employeur», une nouvelle expression récemment apparue. Ce sont celles-là que notre enquête visait à mettre en lumière. Avec toutes les difficultés d'une telle approche, puisque le vécu du travail est une donnée très subjective. Quatre semaines après la sortie de ce dossier, malgré cette difficulté, un premier objectif paraît atteint: la marge d'erreurs flagrantes semble contenue dans des proportions réduites puisqu'une seule entreprise sur soixante-quinze faisant l'objet de notre enquête - Axa - s'est manifestée pour s'estimer très injustement notée, et nous allons nous en expliquer ici. Axa-France figurait à la 52e place de notre classement, avec trois étoiles en «valorisation des talents», deux étoiles en «égalité professionnelle», une étoile en «conditions de travail» et 0 en «dialogue et écoute» avec ce commentaire: «Pas prioritaires dans l'entreprise. Et c'est un euphémisme». Cela nous a valu une vive réaction de Daniel Vaulot, secrétaire du comité européen du groupe Axa : «Je tiens à vous faire part de mon indignation. Axa au même niveau que McDo, Quick et EuroDisney ne peut en aucun cas être crédible», proteste-t-il, ajoutant: «Pourquoi ce zéro en dialogue? Depuis 1997, nous avons signé 49 accords avec les organisations syndicales en France. Nous avons un comité européen qui se réunit deux fois par an avec les représentants de dix pays où Axa est présent. Notre président y est systématiquement présent pour répondre aux questions spontanées de ses soixante membres.(.) Nous avons la certitude que vous êtes tombés dans votre enquête sur des salariés aigris et certainement que votre journaliste a été habilement aiguillée vers des syndicalistes très minoritaires, en lutte contre Axa pour des raisons idéologiques, qui, tout au long de procès perdus, décuplent leurs rancours.» De fait, notre enquêtrice a été surprise par la pratique, chez Axa, du «chèque syndical», qui est une subvention proposée par la direction aux sections syndicales de l'entreprise. FO a refusé cette aide. La CFDT, syndicat majoritaire chez Axa, l'a acceptée. Pour cette raison, craignant que cela ne limite leur liberté de critique, notre enquêtrice n'a pas rencontré les représentants de la CFDT. Nous pensons que cela a nui à la pluralité des ses sources d'information, nous le regrettons et reconnaissons que la note zéro en dialogue est abusivement sévère. «Tout n'est pas rose chez Axa et loin de là, mais c'est quand même le meilleur statut social de la profession», proteste Dominique Orsal, délégué national CFDT chez Axa, qui revendique les «meilleures rémunérations cadres/non-cadres de la profession». Daniel Vaulot défend le chèque syndical: «Depuis six ans, la CFDT a diffusé plus de cent tracts en interne, le chèque syndical ne rend donc pas muet.» Dans un deuxième temps Eric Lemaire, directeur de la communication externe d'Axa- France, nous a transmis des arguments qui sont, presque mot pour mot, similaires: «Axa a le meilleur statut social de sa profession, ses rémunérations sont dans la fourchette haute du marché.(.) Nous n'avons pas 34% de managers femmes mais 46%. » Sur ce point, l'information concernait non pas Axa-France mais le groupe, et figurait en 2002 sur son site internet. A la décharge de notre enquêtrice, il faut dire que la fusion mouvementée des réseaux commerciaux d'Axa et de l'UAP semble avoir exacerbé des rivalités syndicales internes qui ne facilitent pas l'information sereine. Un autre élément, caractéristique du groupe Axa, a inspiré le commentaire sévère sur le dialogue dans cette entreprise, c'est sa «charte des valeurs». Cette charte, dont le principe est très répandu aux Etats-Unis, vise à créer un «esprit maison» fort. «Trop fort», critiquent certains salariés qui y voient un esprit de système sur le mode «» estimant que cela fausse l'expression d'indispensables contre-pouvoirs. Regrettons aussi qu'Axa- France, qui réalise tous les deux ans un baromètre de climat social dénommé «Scope», n'ait pas jugé utile de nous en communiquer des éléments. «D'habitude, cela n'intéresse pas les journalistes», plaide le service de presse. Axa-Belgique publie les résultats de son «Scope» sur son site internet. Mais c'est avec un certain scepticisme qu'on a pu y lire que 100% des nouveaux intégrés étaient satisfaits de l'ambiance interne. Autant d'éléments qui ont brouillé notre perception d'Axa lors de l'enquête. Leçon à retenir: espérons que l'on disposera bientôt des baromètres de climat interne comme on dispose des salaires des dirigeants. Cela devrait concerner plus de monde. Car, à l'échelle de l'Europe, notre pays semble avoir des progrès à faire en matière de qualité de vie au travail. En mars dernier, avec la Commission européenne, un organisme privé, le Great Place to Work Institute (institut des entreprises où il fait bon travailler), a réalisé un palmarès de 100 entreprises où il fait bon travailler en Europe, à partir de l'analyse de 124 000 questionnaires (1). On n'y trouvait que. deux compagnies françaises.
(1) www.eu100best.org
Patrick Fauconnier