avif.pyxel.info Plus d'infos AXA-UAP. -- Plus de 550 procédures prud'homales sont engagées en ce moment contre le groupe d'assurances Axa. Il est soupçonné de fraude au plan social depuis qu'il a absorbé l'UAP La révolte des anciens : THIERRY MAGNOL Licenciements, démissions, dépressions nerveuses et même quelques suicides, l'ambiance n'est pas au beau fixe au sein de l'ancienne société UAP depuis 1996, date de sa fusion avec Axa. Les salariés de ce qui constituait la première compagnie française d'assurance s'estiment victimes d'une campagne de déstabilisation visant à les évincer. Privatisée en 1994, l'UAP était divisée en trois réseaux dénommés S (issu de l'ancienne Séquanaise), BS et EP. Agents et conseillers commerciaux étaient placés sous la responsabilité d'un inspecteur départemental, lequel dépendait de son directeur régional. Au moment de la fusion, l'UAP comptait 7 600 employés. Aujourd'hui, ils ne sont plus que 4 400. Si 1 500 embauches ont été réalisées, en moins de six ans on comptabilise 5 000 départs (2 100 licenciements et plus de 2 000 démissions). A ce jour, plus de 550 procédures prud'homales sont en cours. « Un véritable carnage ». Pour lutter contre ce qu'ils considèrent être un plan social déguisé, les anciens salariés de l'UAP se sont regroupés au sein d'une amicale, l'AVif, chargée de défendre leurs intérêts. Dans un communiqué, cette amicale assure : « Axa et ses dirigeants ont froidement choisi une stratégie particulièrement difficile à entraver qui consiste à procéder sans cesse à des éliminations individuelles... C'est un véritable carnage. Des salariés comptant plus de vingt ans d'ancienneté, n'ayant jamais fait l'objet du moindre reproche, sont mis à pied et licenciés pour faute grave sur des motifs inventés par des supérieurs hiérarchiques dont on peut se demander s'ils n'ont pas bénéficié de primes à l'abattage. » Les accusations sont sévères. Elles s'appuient sur quelques faits troublants comme ce message interne avec mention « très confidentiel » du directeur régional de Normandie, Jean-Pierre Lesage, envoyé à ses inspecteurs départementaux en 1998 au moment où Axa voulait faire signer de nouveaux contrats de travail aux salariés de l'ex-UAP. Il écrit notamment : « Eu égard à la communication que je viens d'avoir avec notre directeur, M. Alain Roubin, je vous encourage vivement à mettre tout en oeuvre pour faire opter (NDLR : pour faire signer les nouveaux contrats) vos collaborateurs dans les délais les plus brefs... Nous risquons beaucoup sur ce dossier... La situation est grave pour nous tous... En clair, je me suis fait engueuler et, si les résultats ne s'améliorent pas rapidement, nous allons tous être convoqués la semaine prochaine et je crains le pire. » Le docteur Thuillier, exerçant dans le cadre de la médecine du travail, fait, pour sa part, mention de pressions et de harcèlements subis par des agents de la région de Beauvais dans une lettre adressée à la direction d'Axa. Des courriers. A ces indices s'ajoutent plusieurs témoignages de harcèlement (lire ci-dessous) et des lettres de dénonciation dont on ignore si elles ont été rédigées ou non sous la pression de la hiérarchie. Cette multiplication de licenciements individuels et de démissions forcées n'a, pour l'instant, provoqué aucun remou important. Le ministère du travail n'a pas ordonné l'ouverture d'une enquête et la question au gouvernement posée par le sénateur Michel Bouvard (RPR), le 4 février dernier, n'a toujours pas reçu de réponse. A l'inspection du travail, Mme Cherubini, chef de service, confirme que des courriers dénonçant les agissements d'Axa sont bien arrivés, mais elle n'en dit pas plus car elle n'a pas le droit de « communiquer sur des dossiers en cours d'examen ». Rien, il est vrai, ne démontre une volonté délibérée de la direction d'effectuer le grand ménage au sein de l'ancien réseau UAP. Mais rien n'explique non plus comment 3 200 postes ont été perdus en moins de six ans. TEMOIGNAGES. -- L'un était inspecteur départemental, l'autre, conseiller commercial. Ils évoquent leur histoire personnelle Ce sont les bannis du Lot-et-Garonne : Thierry Magnol Lorsqu'il est nommé inspecteur pour le Lot-et-Garonne, M. G. (1) hérite du premier département de France avec cinquante-quatre salariés et un chiffre d'affaires annuel de 24,3 millions d'euros. Cette promotion devient un peu pesante lorsque M. G. découvre que son prédécesseur, M. F., a commis plusieurs indélicatesses. « Il avait profité d'une période faste et laxiste pour faire du chiffre, explique-t-il. Mais les affaires tordues me retombaient sur le dos. Je faisais des rapports pour expliquer la situation, ce qui ne pouvait qu'embarrasser M. F., lequel était devenu mon directeur régional. » Au moment du rachat par Axa, d'autres problèmes se présentent : « Une forte pression a été mise sur les équipes commerciales. Mon directeur régional me demandait de réduire les effectifs. Je ne pouvais pas me faire à l'idée de virer des gens sans motif, et je l'ai fait savoir. » Quelque temps plus tard, M. G. est convoqué par la direction nationale « en vue d'une sanction ». « J'imagine que cette lettre a été initiée par mon directeur régional. Je me suis retrouvé devant le grand patron, Alain Roubin. Il m'a dit textuellement : "Fermez votre gueule. Vous êtes la première inspection de France, vous devez donner l'exemple. Je ne veux plus vous voir dans les réunions syndicales. Quand on est cadre, on se tait." » Sanctionné pour manque de loyauté, M. G., gravement affecté moralement, est placé en arrêt maladie par un psychiatre. Mais les humiliations continuent. Des émissaires d'Axa sont dépêchés chez lui pour enlever son matériel informatique et ses archives, jusqu'à ce jour de janvier 98 où quelqu'un d'autre est nommé à son poste sans qu'il en soit averti. 6 millions de francs. Pour M. J. (1), conseiller commercial, les ennuis commencent le jour où M. G. n'est plus inspecteur. En 1998, il refuse de signer le nouveau contrat de travail proposé. Il gagne à cette époque 380 000 francs brut par an. Avec les nouvelles contraintes, il doit travailler davantage pour maintenir son niveau de vie jusqu'au jour où il est victime d'un accident de la route. Alors qu'il est en arrêt de travail, une procédure de licenciement est lancée contre lui. Un dossier monté par son nouvel inspecteur départemental fait apparaître qu'il aurait effectué cinq affaires déontologiquement litigieuses. « Ces affaires ont été dénoncées par un agent non crédible, lui-même évincé du Crédit agricole pour malversations. Quinze agents qui avaient signé des attestations en ma faveur ont été convoqués par l'inspecteur, qui leur a fait savoir qu'il ne fallait pas que ce genre de chose se renouvelle. » M. J. réclame 6 millions de francs de dommages et intérêts à Axa. « Je ne les lâcherai pas ! » Par ailleurs, sur les cinquante-quatre salariés que comptait Axa dans le Lot-et-Garonne en 1996, il n'en reste plus que quatorze pour un effectif total de vingt-quatre. L'inspecteur départemental qui a succédé à M. G. a été promu à la direction parisienne pour ses bons services. Le dénonciateur de M. J. est toujours dans la société, mais a quitté le Lot-et-Garonne. MM. G. et J. ont souhaité conserver l'anonymat.